lundi 11 avril 2011

Je ne te sais pas


Tim & Dakota, 2004

"Il ne serait possible “d’aimer” ce que l’on connaîtrait complètement. 
L’amour s’adresse à ce qui est caché dans son objet. L’amoureux pressent le nouveau : il réfléchit du nouveau sur toute chose. Les sensations propres de l’amour sont en dehors des lois de l’accoutumance. Elles ne peuvent jamais passer à l’inaperçu. –Ce qui est « aimé » est, par définition, en quelque manière inconnu. Je t’aime, donc, je ne te sais pas. –Donc je te bâtis – je te fais ; et tu te défais. Je fais ma demeure, ma toile, mon nid, un tissu d’images pour y vivre, pour y cacher ce que je crois avoir trouvé, pour me cacher de moi." 

Paul Valéry, Cahiers II, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1974, p. 400 [Eros]


Coley (Running Rainbow), 2007

["No sería posible "amar" aquello que se conoce completamente.
El amor se dirige a lo oculto de su objeto. El enamorado presiente lo nuevo: reflexiona nuevamente acerca de todo. Las sensaciones propias del amor están fuera de las leyes de la costumbre. No pueden jamás pasar inadvertidas. - Lo que es "amado" es, por definición, de alguna manera desconocido. Te amo, por lo tanto, no te sé. -Por lo tanto te construyo- te hago; y te deshaces. Hago mi morada, mi tela, mi nido, un tejido de imágenes para vivir allí, para esconder allí lo que creo haber encontrado, para esconderme de mí mismo."]


Hanna (Blonde Meadow), 2008 / 2009

jeudi 24 mars 2011

La critique et la lecture

"... tout acte critique, quel qu'il soit, attente au texte critiqué, le découpe, le limite, le déchire, l'éclate, le transforme en un corps morcelé. À cela, point d'autre réparation que la lecture, la lecture infinie."
Jean-Pierre RICHARD, Proust et le monde sensible, Paris, Seuil, 1974, p. 10


John Minihan
Bibliothèque de Samuel Beckett
Boulevard St. Jacques, Paris


["... todo acto crítico, cualquiera que sea, atenta contra el texto criticado, lo recorta, lo limita, lo desgarra, lo estalla, lo transforma en un cuerpo fragmentado. Ante eso, la única reparación posible es la lectura, la lectura infinita.]

dimanche 20 mars 2011

Le miroir I

"Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s’ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d’ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent – utopie du miroir. Mais c’est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j’occupe, une sorte d’effet en retour ; c’est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis parce que je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l’autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis."

FOUCAULT, Michel, Des espaces autres. Hétérotopies, (1967), p. 3



Photo: Rick Day 

[“En el espejo, me veo donde no estoy, en un espacio irreal que se abre virtualmente detrás de la superficie, estoy allá, allá donde no estoy, una suerte de sombra que me brinda a mí mismo mi propia visibilidad, que me permite mirarme allá donde estoy ausente - utopía del espejo. Pero es igualmente una heterotopía, en la medida en que el espejo existe realmente y tiene, sobre el lugar que ocupo, una especie de efecto de retorno; es a partir del espejo que me descubro ausente en el lugar en que estoy, puesto que me veo allá. A partir de esta mirada que de alguna manera recae sobre mí, del fondo de este espacio virtual que está del otro lado del cristal, vuelvo sobre mí y empiezo a poner mis ojos sobre mí mismo y a reconstituirme allí donde estoy.”]

jeudi 3 mars 2011

Un défilé

"La mode est un processus d'élimination permanente: on est dans le coup ou has been, actuel ou passé, neuf ou ringard, juste ou faux. Faire partie des élus, des initiés, c'est être en prise directe avec l'adrénaline qui fait carburer cet organisme voué à l'apparence: un état de grâce immédiatement reconnaissable car on se retrouve assis au meilleur rang du défilé, on est invité aux soirées Saint Laurent, on fait la couverture de toutes les revues, on se trouve déifié. Mais l'exaltation d'avoir été distingué du commun des mortels s'accompagne toujours de la peur de la chute, du retour brutal à l'anonymat. Le besoin compulsif de changement qui est au coeur de la mode signifie qu'un jour viendra où l'on cessera soudain d'être in pour devenir out, d'être formidable pour se voir qualifié d'infréquentable. C'est la coexistence permanente de ces deux états d'esprit, euphorie et crainte, qui crée l'extase terrible de la mode. Il suffit d'avoir assisté à un défilé dans sa vie pour ressentir cet effroi." 
Alicia Drake, Beautiful People - Saint Laurent, Lagerfeld: splendeurs et misères de la mode, Paris, Denoël, 2008, p. 208






David Hockney
Jacques de Bascher de Beaumarchais (1973)
Catalogue de l'exposition Galerie Claude Bernard, Paris, 1975



["La moda es un proceso de eliminación permanente: de golpe uno es o has been, o actual o pasado, nuevo o anticuado, justo o falso. Formar parte de los elegidos, de los iniciados, es estar en conexión directa con la adrenalina que hace carburar ese organismo consagrado a la apariencia: un estado de gracia reconocible inmediatamente, pues uno se encuentra sentado en la primera fila del desfile, uno es invitado a las fiestas de Saint Laurent, uno aparece en la tapa de todas las revistas, uno se descubre deificado. Pero la exaltación de haber sido distinguido del común de los mortales está siempre acompañada del miedo a la caída, al retorno brutal al anonimato. La necesidad compulsiva de cambio, instalada en el corazón de la moda,  significa que llegará un día en que uno dejará repentinamente de ser in para volverse out, de ser formidable para verse calificado de infrecuentable. Es la coexistencia peremanente de esos dos estados de ánimo, euforia y miedo, que crea el éxtasis terrible de la moda. Basta con haber asistido a un desfile en su vida para sentir ese pavor."]

samedi 19 février 2011

Un amant

"D’abord, ce fut comme un étourdissement ; elle voyait les arbres, les chemins, les fossés, Rodolphe, et elle sentait encore l’étreinte de ses bras, tandis que le feuillage frémissait et que les joncs sifflaient. 
Mais, en s’apercevant dans la glace, elle s’étonna de son visage. Jamais elle n’avait eu les yeux si grands, si noirs, ni d’une telle profondeur. Quelque chose de subtil épandu sur sa personne la transfigurait. 
Elle se répétait : « J’ai un amant ! un amant ! », se délectant à cette idée comme à celle d’une autre puberté qui lui serait survenue. Elle allait donc posséder enfin ces joies de l’amour, cette fièvre du bonheur dont elle avait désespéré. Elle entrait dans quelque chose de merveilleux où tout serait passion, extase, délire ; une immensité bleuâtre l’entourait, les sommets du sentiment étincelaient sous sa pensée, et l’existence ordinaire n’apparaissait qu’au loin, tout en bas, dans l’ombre, entre les intervalles de ces hauteurs. 
Alors elle se rappela les héroïnes des livres qu’elle avait lus, et la légion lyrique de ces femmes adultères se mit à chanter dans sa mémoire avec des voix des sœurs qui la charmaient. Elle devenait elle-même comme une partie véritable de ces imaginations et réalisait la longue rêverie de sa jeunesse, en se considérant dans ce type d’amoureuse qu’elle avait tant envié. D’ailleurs, Emma éprouvait une satisfaction de vengeance. N’avait-elle pas assez souffert ! Mais elle triomphait maintenant, et l’amour, si longtemps contenu, jaillissait tout entier avec des bouillonnements joyeux. Elle le savourait sans remords, sans inquiétude, sans trouble."

FLAUBERT, Gustave, Madame Bovary, Paris, Librairie Géneral Française, 1972, p.191-192
and-coloured. 16x11,5cm.



Gravure (1850) 
Peint à la main -16 x 11,5cm.

[“Al principio sintió como un mareo ; veía los árboles, los caminos, las cunetas, a Rodolphe, y se sentía todavía estrechada entre sus brazos, mientras que se estremecía el follaje y silbaban los juncos. 
Pero al verse en el espejo se asustó se asustó de su cara. Nunca había tenido los ojos tan grandes, tan negros ni tan profundos. Algo sutil esparcido sobre su persona la transfiguraba. 
Se repetía : « ¡Tengo un amante !, ¡un amante ! », deleitándose en esta idea, como si sintiese renacer en ella otra pubertad. Iba, pues a poseer por fin esos goces del amor, esa fiebre de felicidad que tanto había ansiado. 
Penetraba en algo maravilloso donde todo sería pasión, éxtasis, delirio ; una azul inmensidad la envolvía, las cumbres del sentimiento resplandecían bajo su imaginación, y la existencia ordinaria no aparecía sino a lo lejos, muy abajo, en la sombra, entre los intervalos de aquellas alturas. 
Entonces recordó a las heroínas de los libros que había leído y la legión lírica de esas mujeres adúlteras empezó a cantar en su memoria con voces de hermanas que la fascinaban. Ella venía a ser como una parte verdadera de aquellas imaginaciones y realizaba el largo sueño de su juventud, contemplándose en ese tipo de enamorada que tanto había deseado. Además Emma experimentaba una satisfacción de venganza. ¡Bastante había sufrido ! Pero ahora triunfaba, y el amor, tanto tiempo contenido, brotaba todo entero a gozosos borbotones. Lo saboreaba sin remordimiento, sin preocupación, sin turbación alguna]

Madrid, Cátedra, 2001, p.246 – Traducción de Germán Palacios

jeudi 10 février 2011

Une vérité

"Beaucoup d'hommes naissent aveugles et ils ne s'en aperçoivent que le jour où une bonne vérité leur crève les yeux."
Jean Cocteau, La machine infernale, Paris, Grasset, 1934, p. 91



Jean Auguste Dominique Ingres
Œdipe explique l'énigme du Sphinx (1808)
Huile sur toile - 189 x 133 cm

["Muchos hombres nacen ciegos y no se dan cuenta de ello hasta el día en que una buena verdad les revienta los ojos".]

jeudi 13 janvier 2011

Ashes

"-Je comprends que la cendre n'est rien qui soit au monde, rien qui reste comme un étant. Elle est l'être, plutôt, qu'il y a -c'est un nom de l'être qu'il y a là mais qui, se donnant (es gibt ashes), n'est rien, reste au-delà de tout ce qui est (konis epekeina tes ousias), reste imprononçable pour rendre possible le dire alors qu'il n'est rien."

Jacques Derrida, La difunta ceniza - Feu la cendre, Buenos Aires, La Cebra, 2009, p. 59




John McLaughlin
#6 (1959)
Huile sur toile - 111,44 x 153,04 cm

["-Entiendo que la ceniza no es nada que esté en el mundo, nada que reste como un ente. Es el ser, más bien, que hay -es un nombre del ser que hay ahí pero que, al darse (es gibt ashes), no es nada, resto más allá de todo lo que es (konis epekeina te ousias), resto impronunciable para hacer posible el decir a pesar de que no es nada."]

Traducción de Daniel Alvarado y Cristina de Peretti

samedi 1 janvier 2011

Bonne année 2011

"Il semble qu'il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu'on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté."

Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, Paris, Gallimard, 1987, p. 299



David Hockney
Acrylic on canvas - 214 x 304.8 cm

["Parece que existe en el cerebro una zona absolutamente específica que podría llamarse la memoria poética y que registra lo que nos ha fascinado, lo que nos ha emocionado, lo que da a nuestra vida su belleza."]

mercredi 15 décembre 2010

Désertion

La melancolía deserta de la ilusión. Su retórica se hunde en acciones que ya vencieron. –El vestido que usaste en ocasión de ser mirada por última vez, deberías quemarlo. El amor, no siempre da pájaros.

Sandro Barrella, Los pájaros, Buenos Aires, Bajo la luna, 2010, p. 16

[La mélancolie déserte l’illusion. Sa rhétorique s’enfouit dans des actions qui ont déjà vaincu. –La robe que tu as portée à l’occasion d’être regardée pour la dernière fois, tu devrais la brûler. L’amour ne donne pas toujours d’oiseaux.]




Sol Le WITT
Color aquatint and lift ground aquatint - 119.4 x 77 cm 


samedi 11 décembre 2010

Chanson d'amour


He loved her and she loved him.
His kisses sucked out her whole past and future or tried to
He had no other appetite
She bit him she gnawed him she sucked
She wanted him complete inside her
Safe and sure forever and ever
Their little cries fluttered into the curtains

Her eyes wanted nothing to get away
Her looks nailed down his hands his wrists his elbows
He gripped her hard so that life
Should not drag her from that moment
He wanted all future to cease
He wanted to topple with his arms round her
Off that moment's brink and into nothing
Or everlasting or whatever there was

Her embrace was an immense press
To print him into her bones
His smiles were the garrets of a fairy palace
Where the real world would never come
Her smiles were spider bites
So he would lie still till she felt hungry
His words were occupying armies
Her laughs were an assassin's attempts
His looks were bullets daggers of revenge
His glances were ghosts in the corner with horrible secrets
His whispers were whips and jackboots
Her kisses were lawyers steadily writing
His caresses were the last hooks of a castaway
Her love-tricks were the grinding of locks
And their deep cries crawled over the floors
Like an animal dragging a great trap
His promises were the surgeon's gag
Her promises took the top off his skull
She would get a brooch made of it
His vows pulled out all her sinews
He showed her how to make a love-knot
Her vows put his eyes in formalin
At the back of her secret drawer
Their screams stuck in the wall

Their heads fell apart into sleep like the two halves
Of a lopped melon, but love is hard to stop

In their entwined sleep they exchanged arms and legs
In their dreams their brains took each other hostage

In the morning they wore each other's face

Ted Hughes, “Lovesong” in Crow. From the Life and Songs of the Crow, Madrid, Hiperión, 1999, p. 234-237


 Ted Hughes
(1930 - 1998)


Él la amaba y ella lo amaba
Él, sus besos la vaciaban de todo pasado o futuro o eso intentaban
No conocía otro alimento
Ella lo mordía chupaba mordisqueaba
Lo deseaba entero en su interior
A salvo y bien seguro para siempre jamás
Ellos, sus gritos revolaron entre las cortinas

Ella, sus ojos no admitían que nada se escapara
Sus guiños le clavaron manos muñecas codos
Él la agarraba fuerte para que la existencia
No se la llevara de aquel instante
Quería que el futuro se acabara
Quería caerse abrazado a ella
Caerse del borde de aquel instante
Hacia la nada o hacia lo eterno o lo que fuera
Ella, su abrazo era una prensa gigantesca
Quería ver su huella en cada hueso
Él, su sonrisa era el aguijón de una araña
Él se tumbaba, inmóvil, hasta sentir su hambre
Él, sus palabras eran ejércitos de ocupación
Ella, sus risas eran los intentos de un asesino
Él, sus guiños eran balas puñales de venganza
Ella, sus miradas eran fantasmas con horribles secretos
Él, sus susurros eran látigos y botas de montar
Ella, sus besos eran abogados escribiendo sin pausa
Él, sus caricias eran los últimos anzuelos de un náufrago
Ella, sus costumbres eróticas eran un chirrido de llaves
Ellos, sus gritos se arrastraban por el suelo
Como bestias uncidas a una trampa

Él, sus promesas eran la mordaza del cirujano
Ella, sus promesas le abrieron la tapa de los sesos
Se haría un broche con los restos
Él, sus votos de amor le abrieron los tendones
Le enseñó cómo hacerse un nudo de amor
Ella, sus votos le bañaron los ojos en formol
Los guardó en su cajón secreto
Ellos, sus gritos se aplastaban contra el muro

Sus cabezas se abrieron en el sueño
Como las dos mitades de un melón,
Pero el amor es algo difícil de parar

Mientras dormían enlazados, intercambiaron brazos piernas
Mientras soñaban, sus cerebros se secuestraron mutuamente

Al despertar, vestían el rostro del otro

Traducción de Jordi Doce





Il l’aimait elle l’aimait
Il suçait de ses baisers tout son passé son futur du moins l’essayait-il
Il n’avait d’appétit que pour elle
Elle le mordait le rongeait le suçait
Elle le voulait intégralement en elle
Bien à l’abri au chaud à jamais pour toujours
Leurs cris voltigeaient petits oiseaux dans les rideaux

Ses yeux à elle n’avaient besoin d’aucune distraction
Elle lui clouait mains poignets coudes avec ses regards
Lui l’agrippait très fort pour que la vie
Ne la sépare pas de l’instant
Il voulait que le futur cesse
Il voulait basculer, bras lui entourant la taille,
Depuis le bord même de l’instant, tomber avec elle au néant,
Dans l’infini ou autre chose qui existât
Elle avait l’étreinte pareille à une immense presse
A l’imprimer en elle
Lui, sourires pareils aux mansardes d’un château de fée
Où le monde réel n’entrait jamais
Elle, sourires comme morsures d’araignée
Qui le paralysaient jusqu’à ce qu’elle ait faim
Ses mots à lui étaient armés d’occupation
Ses rires à elle, tentatives d’assassinat
Lui ses regards, balles et dagues de vengeance
Elle ses regards, fantômes dans les coins avec d’horribles secrets
Lui ses murmures, fouets et bottes militaires,
Elle ses baisers, juristes écrivant sans interruption,
Lui ses caresses, hameçons ultimes du naufragé
Elle ses ruses d’amour, grincements de serrures
Leurs cris à tous les deux se traînaient sur les parquets
Comme animal tirant derrière lui un grand piège

Ses promesses à lui étaient bâillons de chirurgien
Ses promesses à elle lui décalottaient le crâne
Elle en faisait une broche
De ses serments il lui arrachait tous ses muscles à elle
Il lui montrait comment faire un noeud d’amour
De ses serments elle plongeait ses yeux dans le formol
Tout au fond d’un tiroir secret
Leurs hurlements collaient aux murs
Leurs têtes tombaient séparément dans le sommeil comme deux moitiés
D’un melon tranché, mais l’amour ne s’arrête pas facilement

Dans le pêle-mêle de leur sommeil ils s’échangeaient bras et jambes
Leurs cerveaux se prenaient l’un l’autre en otage dans leurs rêves

Au matin chacun arborait le visage de l’autre

lundi 29 novembre 2010

Dying - Morir - Mourir

Dying
Is an art, like everything else,
I do it exceptionally well.

I do it so it feels like hell.
I do it so it feels real.
I guess you could say I've a call.

It's easy enough to do it in a cell.
It's easy enough to do it and stay put.
It's the theatrical

Comeback in broad day
To the same place, the same face, the same brute
Amused shout:

'A miracle!'
That knocks me out.
There is a charge

For the eyeing of my scars, there is a charge
For the hearing of my heart----
It really goes.

Sylvia Plath, “Lady Lazarus” in Ariel, Madrid, Hiperión, 1999, p. 34-36

Sylvia Plath

Morir
Es un arte, como todo.
Yo lo hago excepcionalmente bien.

Tan bien, que parece un infierno.
Tan bien, que parece de veras.
Supongo que cabría hablar de vocación.

Es bastante fácil hacerlo en una celda.
Es bastante fácil hacerlo, y quedarse esperando.
Es la teatral

Reaparición a pleno día,
En el mismo lugar; ante la misma cara, al mismo bestial
Y divertido grito

-¡es un milagro!-,
que me deja inconsciente.
Hay que pagar;

Por verme las cicatrices; hay que pagar
Por escucharme el corazón…
Late de veras.

Traducción de Ramón Buenaventura


Mourir
Est un art, comme tout le reste.
Je le fais exceptionnellement bien.

Je le fais et c’est l’enfer.
Je le fais et c’est la vérité.
C’est le retour

Le retour théâtral en plein jour
Au même endroit, au même visage, au même cri
Amusé et brutal :

« Un miracle! »
Qui me terrasse.
Il faut payer

Pour scruter mes cicatrices, payer
Pour entendre mon cœur –
Il bat vraiment bien.

Traduction de Laure Vernière

lundi 22 novembre 2010

Nature morte

HIATUS IRRATIONALIS

Choses, que coulent en vous la sueur ou la sève,
Formes, que vous naissiez de la forge ou du sang,
Votre torrent n’est pas plus dense que mon rêve ;
Et, si je ne vous bats d’un désir incessant,

Je traverse votre eau, je tombe vers la grève
Où m’attire le poids de mon démon pensant.
Seul, il heurte au sol dur sur quoi l’être s’élève,
Au mal aveugle et sourd, au dieu privé de sens,

Mais sitôt que tout verbe a péri dans ma gorge,
Choses, que vous naissiez du sang ou de la forge,
Nature, - je me perds au flux d’un élément :

Celui qui couve en moi, le même vous soulève,
Formes, que coule en vous la sueur ou la sève,
C’est le feu qui me fait votre immortel amant.

H.-P., août 29

Jacques Lacan, Le phare de Neuilly, 1933.



Giorgio Morandi
Huile sur toile - 40.64 x 46.04 cm


Cosas, ya fluya en vosotras el sudor o la savia,
Formas, ya nazcáis de la fragua o de la sangre,
Vuestro torrente no es más denso que mi sueño ;
Y, cuando no os golpeo con un deseo incesante,

Atravieso vuestra agua, caigo hacia la arena
Donde me arroja el peso de mi demonio pensante.
Solo, choca contra el duro suelo donde se eleva el ser
Al mar ciego y sordo, hacia el dios privado del sentido.

Pero, al perecer todo verbo en mi garganta,
Cosas, ya nazcáis de la sangre o de la fragua,
Naturaleza, -me pierdo en el flujo de un elemento :

Aquel que arde en mí, el mismo que os subleva,
Formas, ya fluya en vosotras el sudor o la savia,
El fuego me hace vuestro inmortal amante.

Agosto de 1929

Jacques Lacan, "Hiatus irrationalis" in Héctor Libertella (compilador), Literal 1973-1977, Buenos Aires, Santiago Arcos, 2002, p. 89 - Versión de Oscar Masotta 

vendredi 19 novembre 2010

De mon physique

"Je n'ai jamais eu un beau visage. La jeunesse me tenait lieu de beauté. Mon ossature est bonne. Les chairs s'organisent mal dessus. En outre le squelette change à la longue et s'abîme. Mon nez, que j'avais droit, se busque comme celui de mon grand-père. Et j'ai remarqué que celui de ma mère s'était busqué sur son lit de mort. Trop de tempêtes internes, de souffrances, de crises de doute, de révoltes matées à la force du poignet, de gifles du sort m'ont chiffonné le front, creusé entre les sourcils une ride profonde, tordu ces sourcils, drapé lourdement les paupières, molli les joues creuses, abaissé les coins de la bouche, de telle sorte que si je me penche sur une glace basse je vois mon masque se détacher de l'os et prendre une forme informe. Ma barbe pousse blanche. Mes cheveux, en perdant l'épaisseur, ont gardé leur révolte. Il en résulte une gerbe de mèches qui se contredisent et ne peuvent se peigner. Si elles s'aplatissent elles me donnent un air minable. Si elles se redressent, cette coiffure hirsute semble être le signe d'une affectation. 
Mes dents se chevauchent. Bref, sur un corps ni grand ni petit, mince et maigre, armé de mains qu'on admire parce qu'elles sont longues et très expressives, je promène une tête ingrate. Elle me donne une fausse morgue. Cette fausse morgue vient de mon désir de vaincre la gêne que j'éprouve à me montrer tel que je suis, et sa promptitude à fondre, de la crainte qu'on puisse la prendre pour une morgue véritable."
Jean Cocteau, "De mon physique" in La Difficulté de l'être, (1947), Paris, Rocher, 1989, pp. 31-32
Marie Laurencin
Portrait de Cocteau (1921)

["Nunca tuve un bello rostro. La juventud ocupaba en mí el lugar de la belleza. Mi estructura ósea es buena. La carne se organiza mal por encima. Además, el esqueleto cambia con el tiempo y se estropea. Mi nariz, que era derecha, se encorva como la de mi abuelo. Y he notado que la de mi madre se encorvó sobre su lecho de muerte. Demasiadas tormentas internas, sufrimientos, crisis de duda, revueltas reprimidas a fuerza de puño. Bofetadas de ese tipo me han ajado la frente, han cavado entre las cejas una arruga profunda, han desfigurado esas cejas, han drapeado pesadamente los párpados, han reblandecido las mejillas huecas, bajado la comisura de los labios, de tal manera que si me inclino sobre un espejo bajo veo mi máscara desprenderse de los huesos y adoptar una forma informe. Mi barba crece blanca. Mis cabellos, que han ido perdiendo espesor, han conservado su rebeldía. Se han convertido en un haz de mechas que se contradicen imposibles de peinar. Si se alisan me dan un aire lamentable. Si se enderezan, ese peinado hirsuto parece un gesto afectado.
Mis dientes se encabalgan. En suma, sobre un cuerpo ni alto ni bajo, delgado y magro, armado de manos que despiertan admiración porque son largas y expresivas, paseo una cabeza poco agraciada. Ella me da una falsa altivez. Esta falsa altivez proviene de mi deseo de vencer la incomodidad que me provoca el mostrarme tal como soy y su prontitud a disolverse ante el temor de que alguien pueda confundirla con una altivez verdadera."]

mardi 16 novembre 2010

Achille et Patrocle

Jacques-Louis David
Patrocle (1780)
Huile sur toile - 122 x 170 cm

"Depuis la mort de cet ami qui tout à la fois avait rempli le monde et l'avait remplacé, Achille ne quittait plus sa tente jonchée d'ombres: nu, couché à même la terre comme s'il s'efforçait d'imiter ce cadavre, il se laissait ronger par la vermine de ses souvenirs. De plus en plus, la mort lui apparaissait comme un sacre dont seuls les plus purs sont dignes: beaucoup d'hommes se défont, peu d'hommes meurent. Toutes les particularités dont il se souvenait en pensant à Patrocle: sa pâleur, ses épaules rigides, un rien remontées, ses mains toujours un peu froides, le poids de son corps croulant dans le sommeil avec une densité de pierre acquéraient enfin leur plein sens d'attributs posthumes, comme si Patrocle n'avait été vivant qu'une ébauche de cadavre. La haine inavouée qui dort au fond de l'amour prédisposait Achille à la tâche de sculpteur: il enviait Hector d'avoir achevé ce chef-d'œuvre; lui seul aurait dû arracher les derniers voiles que la pensée, le geste, le fait même d'être en vie interposaient entre eux, pour découvrir Patrocle dans sa sublime nudité de mort. En vain, les chefs troyens faisaient annoncer à son de trope de savants corps à corps dépouillés de l'ingénuité des premières années de guerre: veuf de ce compagnon qui méritait d'être un ennemi, Achille ne tuait plus, pour ne pas susciter à Patrocle des rivaux d'outre tombe."
Marguerite Yourcenar, "Patrocle ou le destin" dans Feux, [(1936), 1957 Plon], Paris, Gallimard - L'imaginaire, 1974, p. 63-65

François Léon Bénouville
La colère d'Achille (1847)
Huile sur toile - 1,56 x 054 cm

["Desde la muerte del amigo que había llenado el mundo y lo había reemplazado, Aquiles no abandonaba su tienda alfombrada de sombras: desnudo, acostado en el suelo como si se esforzara por imitar al cadáver, se dejaba roer por los piojos del recuerdo. Cada vez con más frecuencia, la muerte le parecía un sacramento del que sólo son dignos los más puros: muchos hombres se deshacen, pero pocos hombres mueren. Todas las particularidades que recordaba al pensar en Patroclo -su palidez, sus hombros rígidos, más bien altos, sus manos que siempre estaban algo frías, el peso de su cuerpo desplomándose en el sueño con densidad de piedra- adquirían por fin su pleno sentido de atributos póstumos, como si Patroclo hubiera sido, estando vivo, un esbozo de cadáver. El odio inconfesado que duerme en el fondo del amor predisponía a Aquiles hacia la tarea de escultor: envidiaba a Héctor por haber rematado aquella obra maestra; tan sólo él tenía derecho a arrancar los últimos velos que el pensamiento, el ademán, el hecho mismo de estar vivo interponían entre elllos, para descubrir a Patroclo en su suprema desnudez de muerto. En vano los jefes troyanos mandaban anunciar, al son de las trompetas, sabias luchas cuerpo a cuerpo, despojadas de la ingenuidad de los primeros años de guerra: viudo de aquel compañero, que merecía ser un enemigo, Aquiles ya no mataba, para no suscitarle a Patroclo rivales de ultratumba. "]
Marguerite Yourcenar, "Patroclo o el destino" en Fuegos, Cuentos Completos, Buenos Aires, Alfaguara, 2010, p.105-106

dimanche 31 octobre 2010

Le Feu Follet (1963)

La chambre


Maurice Ronnet
Le feu follet - Louis Malle (1963) 

"Cette chambre était aussi sans issue, c'était l'éternelle chambre où il vivait. Lui, qui depuis des années n'avait pas de domicile, avait pourtant son lieu dans cette prison idéale qui se refaisait pour lui tous les soirs, n'importe où.  Son émoi, évidé, était là, comme une plus petite boîte dans une plus grande boîte. Une glace, une fenêtre, une porte. La porte et la fenêtre ne s'ouvraient sur rien. La glace ne s'ouvrait que sur lui-même."
Pierre Drieu la Rochelle, Le feu follet, Paris, Gallimard-Folio, 1959, p. 33


Maurice Ronnet
Le feu follet - Louis Malle (1963)

["Ese cuarto tampoco tenía salida, era el eterno cuarto en el que vivía. Él, que desde hacía años no tenía domicilio, tenía sin embargo su lugar en esa prisión ideal que se rehacía para él todas las noches, sin importar dónde. Su emoción, vacía, estaba allí, como una caja más pequeña dentro de una caja más grande. Un espejo, una ventana, una puerta. La puerta y la ventana no se abrían a nada. El espejo no se abría más que a él mismo."]

vendredi 22 octobre 2010

Inexprimable amour

"Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture."
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, (1977), OEuvres complètes, V 1977-1980, Paris, Seuil, p. 132


Shizuka Yokomizo
Stranger no. 10 (1999)

["Saber que no se escribe para el otro, saber que esas cosas que voy a escribir no me harán ser jamás amado por quien amo, saber que la escritura no compensa nada, no sublima nada, que ella está precisamente ahí donde no estás - eso es el comienzo de la escritura."]

jeudi 30 septembre 2010

L'harmonie

"Les angoisses de l'amour, les interrogations de l'esprit, les sourdes inquiétudes de la chair s'harmonisent à ces moments-là comme les couleurs et les formes d'un tableau de Vermeer."
Marguerite Yourcenar, Quoi? L'Éternité, Paris, Gallimard, Folio, 1988, p.131


Johannes Vermeer
La Ruelle (vers 1657-1658)
Huile sur toile - 54,3 x 44 cm

["Las angustias del amor, las interrogaciones del espíritu, las sordas inquietudes de la carne se armonizan en esos momentos como los colores y las formas de un cuadro de Vermeer."]

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