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jeudi 7 février 2013

La volonté

"Je n’avais pas l’apaisement de me croire irresponsable : je sentais bien que mes actes étaient volontaires, mais je ne les voulais qu’en les accomplissant. On eût dit que l’instinct, pour prendre possession de moi, attendait que la conscience s’en allât ou qu’elle fermât les yeux. J’obéissais tour à tour à deux volontés contraires, qui ne se heurtaient pas, puisqu’elles se succédaient. […] Je n’avais personne à qui demander un conseil. La première conséquence de penchants interdits est de nous murer en nous mêmes: il faut se taire, ou n’en parler qu’à des complices. J’ai beaucoup souffert, dans mes efforts pour me vaincre, de ne pouvoir attendre ni encouragement ni pitié, ni même ce peu d’estime que mérite toute bonne volonté." 

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, Paris, Gallimard, collection Folio, nº 1041, 1978, p. 59



Egon von Vietinghoff
Alexis (ca. 1925)



“No tenía la tranquilidad de creerme irresponsable: me daba cuenta de que mis actos eran voluntarios, pero yo sólo los quería cuando los estaba cometiendo. Se hubiera dicho que el instinto, para tomar posesión de mí, esperaba a que la conciencia se fuera o a que cerrase los ojos. Yo obedecía, alternándolas, a dos voluntades contrarias que no chocaban entre sí, puesto que se sucedían una a la otra. […] No tenía a nadie a quién pedir un consejo. La primera consecuencia de las inclinaciones prohibidas es la de encerrarnos dentro de nosotros mismos: hay que callar o bien no hablar más que con nuestros cómplices. He sufrido mucho, en mis esfuerzos por vencerme, por no poder encontrar ni estímulo ni piedad, ni siquiera ese poco de estima que merece toda buena voluntad.” (78-79)

Marguerite Yourcenar, Alexis o el tratado del inútil combate,  Madrid, Suma de letras, 2000, p. 78-79. Traducción de  Emma Calatayud.
 

dimanche 7 octobre 2012

Les tournants

"Nous pensons à tort que les événements de notre vie sont franchis une fois pour toutes: il en est d'eux comme de ces paysages depuis longtemps dépassés, mais que chaque tournant de la route nous présente à nouveau, et sous un nouvel aspect. Ainsi, chaque mouvement de notre âme fait des malheurs anciens un malheur nouveau, totalement différent de celui que nous nous félicitons de n'avoir plus à souffrir, et, parce que chaque fois l'éclairage, les proportions, l'horizon même à changé, nous en souffrons chaque fois comme si c'était la première." 

Marguerite Yourcenar, La Nouvelle Eurydice in Œuvres romanesques, Paris, Gallimard - Pléiade, 1991, p. 1282 


Henri Rousseau
Vue de l'Île Saint-Louis prise du port Saint-Nicolas (1888)
Huile sur toile - 46 x 55 cm 

["Pensamos erróneamente que los hechos de nuestra vida son superados de una vez por todas: sucede con ellos lo mismo que con esos paisajes dejados atrás hace tiempo, pero que cada curva de la ruta vuelve a presentarnos bajo un nuevo aspecto. Del mismo modo, cada movimiento de nuestro espíritu hace de las desgracias pasadas una desgracia nueva, totalmente diferente de aquella que nos felicitamos de no tener que volver a sufrir, y, porque cada vez la iluminación, las proporciones, el horizonte mismo han cambiado, volvemos a sufrir cada vez como si fuera la primera."]

jeudi 16 août 2012

Le torse humain

"Elle prend ensuite le carnet de cuir gris, tanné de ses doigts à elle, de ses paumes à lui, où ils notaient tout deux leurs impressions, librement. S'étaient-ils rencontrés ailleurs que dans ce duo fragmenté? Il avait écrit Un aveugle qui chante et un enfant infirme, Le silence entre deux amis, Cheval qui court en liberté et, aussi, Le torse humain... Elle mit bout à bout ces bris de vie et écrivit au-dessus Les Trente-Trois Noms de Dieu. Elle apposa l'initiale J. et la date, le 22 mars 1982. Elle ajouta en sous-titre "Essai d'un journal sans date et sans pronom personnel". Le texte paraîtra le 1er juin 1986, dans la Nouvelle Revue française."

Michèle Goslar, Yourcenar. Biographie. "Qu'il eût été fade d'être heureux", Bruxelles, Racine, 1998, p. 324




Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), 
Torse d'homme
Vers 1799 - Huile sur toile

[Ella toma enseguida el carnet de cuero gris, curtido por los dedos de ella, por las palmas de él, en el que ambos anotaban sus impresiones, libremente. ¿Se habían encontrado en otro sitio más allá de ese dúo fragmentado? Él había escrito Un ciego que canta y un niño inválido, El silencio entre dos amigos, Caballo que corre en libertad y, también, El torso humano... Ella reunió uno tras otro esos fragmentos de vida y escribió encima Los Treinta y Tres Nombres de Dios. Puso la inicial J. y la fecha, 22 de marzo de 1982. Agregó el subtítulo "Ensayo de un diario sin fecha y sin pronombre personal". El texto aparecerá el 1º de junio de 1986 en la Nouvelle Revue française."]



Marguerite Yourcenar, Los treinta y tres nombres de Dios - Les trente-trois noms de Dieu, (Gallimard, 1987), Córdoba, Alción Editora, 2003 - Traducción: Silvia Baron Supervielle

dimanche 12 août 2012

"On vogue aussi bien dans l'Infini et l'Éternel en gondole."
Marguerite Yourcenar. Lettre à Georges de Crayencour du 4 juin 1987. Fonds Georges de Crayencour. 




Canaletto (Giovanni Antonio Canal)
Le grand canal et l'église de la Salute (1730)
Huile sur toile - 49,5 × 72,5 cm


vendredi 10 août 2012

Sophie


"La tendresse humaine a besoin de solitude autour d'elle, et d'un minimum de calme dans l'insécurité. On fait mal l'amour, ou l'amitié, dans une chambrée entre deux corvées de fumier. Contre toute attente, ce fumier, c'est ce qu'était devenue pour moi la vie à Kratovicé. Sophie seule tenait bon dans cette atmosphère d'un ennui sinistre et véritablement mortel, et il est assez naturel que le malheur résiste mieux aux emmerdements que son contraire." 

Marguerite Yourcenar, Le Coup de Grâce, Paris, Gallimard, (1939), 1978, p. 175 



Amedeo Modigliani

Girl with Polka-Dot Blouse 
Oil on canvas, 1919

["La ternura humana necesita soledad a su alrededor y un mínimo de sosiego dentro de la inseguridad. Se hace mal el amor o se vive mal la amistad en un dormitorio de tropa, entre dos faenas de quitar estiércol. Al revés de lo que yo había esperado, la vida en Kratovicé se había convertido para mí en ese estiércol. Tan sólo Sophie resistía en aquella atmósfera de un tedio siniestro y verdaderamente mortal, y es bastante natural, pues la infelicidad resiste mejor los contratiempos que su contraria."]

Traducción: Emma Calatayud

jeudi 10 mai 2012

Les traits

"Assise à la poupe, Sappho regarde vaciller à la lueur d'une lanterne ce beau visage de jeune mâle qui est maintenant son seul soleil humain. Elle retrouve dans ses traits certaines caractéristiques aimées jadis dans la jeune fille en fuite: la même bouche tuméfiée que semble avoir piquée une mystérieuse abeille, le même petit front dur sous des cheveux différents et qui cette fois semblent trempés dans le miel, les mêmes yeux pareils à deux longues turquoises troubles, mais enchâssés dans un visage hâlé au lieu d'être livide, de sorte que la blême jeune fille brune semble n'avoir été qu'une simple cire perdue de ce dieu de bronze d'or."
Marguerite Yourcenar, Sappho ou le suicide in Feux, (Plon, 1957), Paris, Gallimard, 1974, p. 207-208



Artist: Adolphe William Bouguereau
Baigneuse Accroupie (1884)
Huile sur toile - 116 x 89 cm
Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts

["Sentada en la popa, Safo contempla, a la luz de un farol, cómo tiembla aquel hermoso rostro de hombre joven que es ahora su único sol humano. Descubre en sus facciones ciertas características antaño amadas en la muchacha desaparecida: la misma boca tumefacta como si la hubiera picado una misteriosa abeja, la misma frente pequeña y dura bajo unos cabellos diferentes y que ahora parecen empapados de miel, los mismos ojos semejantes a dos largas turquesas rubias, pero engarzadas en un rostro tostado en lugar de ser blanco, de suerte que la pálida joven de cabellos oscuros le parece haber sido una simple reproducción de aquel dios de bronce y oro."]
Traducción de Emma Calatayud.

mercredi 21 mars 2012

L'Objet Aimé

"Tu pourrais t'effondrer d'un seul bloc dans le néant où vont les morts: je me consolerais si tu me léguais tes mains. Tes mains seules subsisteraient, détachées de toi, inexplicables comme celles des dieux de marbre devenues poussière et chaux de leur propre tombe. Elles survivraient à tes actes, aux misérables corps qu'elles ont caressés. Entre les choses et toi, elles ne serviraient plus d'intermédiaires: elles seraient elles-mêmes changées en choses." 

Marguerite Yourcenar, Feux, Gallimard, Paris, 1974, p. 71-72 


Jean Auguste Dominique Ingres
Étude pour la figure d'Angélique - Musée du Louvre

["Podrías hundirte de un solo golpe en la nada, adonde van los muertos: yo me consolaría si me dejaras tus manos en herencia. Sólo tus manos subsistirían, separadas de ti, inexplicables como las de los dioses de mármol convertidos en polvo y cal de su propia tumba. Sobrevivirían a tus actos, a los miserables cuerpos que han acariciado. Entre las cosas y tú no harían ya de intermediarias: ellas mismas se transformarían en cosas."] 
Traducción: Emma Calatayud

jeudi 2 juin 2011

La nuit

"Deux heures du matin. Les rats rongent dans les poubelles les restes du jour mort: la ville appartient aux fantômes, aux assassins, aux somnambules. Où es-tu? Dans quel lit? Dans quel rêve? Si je te rencontrais, tu passerais sans me voir car nous ne sommes pas vus par nos songes. Je n'ai pas faim: je ne parviens pas ce soir à digérer ma vie. Je suis fatiguée. J'ai marché toute la nuit pour semer ton souvenir. Je n'ai pas sommeil: je n'ai même pas appétit de la mort. Assise sur un banc, abrutie malgré moi par l'approche du matin, je cesse de me rappeler que j'essaye de t'oublier. Je ferme les yeux..."
Marguerite Yourcenar, Feux, Paris, Gallimard, 1974, p. 169


Edvard Munch
Huile sur toile - 90cm x 119,5 cm

["Las dos de la madrugada. Las ratas roen en los cubos de basura los restos de un día muerto: la ciudad pertenece a los fantasmas, a los asesinos, a los sonámbulos. ¿Dónde estás tú, en qué cama, en qué sueño? Si tropezara contigo, pasarías sin verme, pues no somos percibidos por nuestros sueños. No tengo hambre: no consigo digerir mi vida esta noche. Estoy cansada: anduve toda la noche para escapar de tu recuerdo. No tengo sueño: ni siquiera siento apetito de la muerte. Sentada en un banco, embrutecida a pesar mío por la llegada de la mañana, dejo de recordar que trato de olvidarte. Cierro los ojos..."]
Marguerite Yourcenar, Fuegos in Cuentos completos, Alfaguara, 2010, p. 157 - Traducción de Emma Calatayud. 

mardi 16 novembre 2010

Achille et Patrocle

Jacques-Louis David
Patrocle (1780)
Huile sur toile - 122 x 170 cm

"Depuis la mort de cet ami qui tout à la fois avait rempli le monde et l'avait remplacé, Achille ne quittait plus sa tente jonchée d'ombres: nu, couché à même la terre comme s'il s'efforçait d'imiter ce cadavre, il se laissait ronger par la vermine de ses souvenirs. De plus en plus, la mort lui apparaissait comme un sacre dont seuls les plus purs sont dignes: beaucoup d'hommes se défont, peu d'hommes meurent. Toutes les particularités dont il se souvenait en pensant à Patrocle: sa pâleur, ses épaules rigides, un rien remontées, ses mains toujours un peu froides, le poids de son corps croulant dans le sommeil avec une densité de pierre acquéraient enfin leur plein sens d'attributs posthumes, comme si Patrocle n'avait été vivant qu'une ébauche de cadavre. La haine inavouée qui dort au fond de l'amour prédisposait Achille à la tâche de sculpteur: il enviait Hector d'avoir achevé ce chef-d'œuvre; lui seul aurait dû arracher les derniers voiles que la pensée, le geste, le fait même d'être en vie interposaient entre eux, pour découvrir Patrocle dans sa sublime nudité de mort. En vain, les chefs troyens faisaient annoncer à son de trope de savants corps à corps dépouillés de l'ingénuité des premières années de guerre: veuf de ce compagnon qui méritait d'être un ennemi, Achille ne tuait plus, pour ne pas susciter à Patrocle des rivaux d'outre tombe."
Marguerite Yourcenar, "Patrocle ou le destin" dans Feux, [(1936), 1957 Plon], Paris, Gallimard - L'imaginaire, 1974, p. 63-65

François Léon Bénouville
La colère d'Achille (1847)
Huile sur toile - 1,56 x 054 cm

["Desde la muerte del amigo que había llenado el mundo y lo había reemplazado, Aquiles no abandonaba su tienda alfombrada de sombras: desnudo, acostado en el suelo como si se esforzara por imitar al cadáver, se dejaba roer por los piojos del recuerdo. Cada vez con más frecuencia, la muerte le parecía un sacramento del que sólo son dignos los más puros: muchos hombres se deshacen, pero pocos hombres mueren. Todas las particularidades que recordaba al pensar en Patroclo -su palidez, sus hombros rígidos, más bien altos, sus manos que siempre estaban algo frías, el peso de su cuerpo desplomándose en el sueño con densidad de piedra- adquirían por fin su pleno sentido de atributos póstumos, como si Patroclo hubiera sido, estando vivo, un esbozo de cadáver. El odio inconfesado que duerme en el fondo del amor predisponía a Aquiles hacia la tarea de escultor: envidiaba a Héctor por haber rematado aquella obra maestra; tan sólo él tenía derecho a arrancar los últimos velos que el pensamiento, el ademán, el hecho mismo de estar vivo interponían entre elllos, para descubrir a Patroclo en su suprema desnudez de muerto. En vano los jefes troyanos mandaban anunciar, al son de las trompetas, sabias luchas cuerpo a cuerpo, despojadas de la ingenuidad de los primeros años de guerra: viudo de aquel compañero, que merecía ser un enemigo, Aquiles ya no mataba, para no suscitarle a Patroclo rivales de ultratumba. "]
Marguerite Yourcenar, "Patroclo o el destino" en Fuegos, Cuentos Completos, Buenos Aires, Alfaguara, 2010, p.105-106

jeudi 30 septembre 2010

L'harmonie

"Les angoisses de l'amour, les interrogations de l'esprit, les sourdes inquiétudes de la chair s'harmonisent à ces moments-là comme les couleurs et les formes d'un tableau de Vermeer."
Marguerite Yourcenar, Quoi? L'Éternité, Paris, Gallimard, Folio, 1988, p.131


Johannes Vermeer
La Ruelle (vers 1657-1658)
Huile sur toile - 54,3 x 44 cm

["Las angustias del amor, las interrogaciones del espíritu, las sordas inquietudes de la carne se armonizan en esos momentos como los colores y las formas de un cuadro de Vermeer."]

dimanche 26 septembre 2010

Antinoüs II

"S'il avait espéré me protéger par ce sacrifice, il avait dû se croire bien peu aimé pour ne pas sentir que le pire des maux serait de l'avoir perdu."

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Paris, Gallimard, 1974, p. 220


Antinoüs Farnese

["Si había esperado protegerme mediante su sacrificio, debió pensar que yo lo amaba muy poco para no darse cuenta de que el peor de los males era el de perderlo." Traducción de Emma Calatayud]

mardi 10 août 2010

Les mots et l'amour

"...manier les mots, les soupeser, en explorer le sens, es une manière de faire l'amour, surtout lorsque ce qu'on écrit est inspiré par quelqu'un, ou promis à quelqu'un."

Marguerite Yourcenar, Quoi? L'Éternité, Paris, Gallimard, 1988, p. 147




["...manipular las palabras, sopesarlas, explorar su sentido, es una manera de hacer el amor, sobre todo cuando lo que se escribe está inspirado en alguien, o está prometido a alguien."]

vendredi 30 juillet 2010

Antinoüs

"La mort d'Antinoüs n'est un problème et une catastrophe que pour moi seul. Il se peut que ce désastre ait été inséparable d'un trop-plein de joie, d'un surcroît d'expérience, dont je n'aurais pas consenti à me priver moi-même ni à priver mon compagnon de danger. Mes remords même sont devenus peu à peu une forme amère de possession, une manière de m'assurer que j'ai été jusqu'au but le triste maître de son destin. Mais je n'ignore pas qu'il faut compter avec les décisions  de ce bel étranger que reste malgré tout chaque être qu'on aime. En prenant sur moi toute la faute, je réduis cette jeune figure aux proportions d'une statuette de cire que j'aurais pétrie, puis écrasée entre mes mains. Je n'ai pas le droit de déprécier le singulier chef-d'œuvre que fut son départ; je dois laisser à cet enfant le mérite de sa propre mort." 

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, [Plon, 1958],  Paris, Gallimard,1974 , p. 189



["Sólo para mí la muerte de Antínoo es un problema y una catástrofe. Puede que ese desastre haya sido inseparable de un exceso de júbilo, un colmo de experiencia, de los que no habría consentido en privarme ni privar a mi compañero de peligro. Aun mis remordimientos se han convertido poco a poco en una amarga forma de posesión, una manera de asegurarme de que fui hasta el fin el triste amo de su destino. Pero no ignoro que hay que tener en cuentra las decisiones de ese bello extranjero que sigue siendo, a pesar de todo, cada ser que amamos. Al hacer recaer toda la falta sobre mí, reduzco su joven figura a las proporciones de una estatuilla de cera que, luego de plasmada, hubiera aplastado entre mis dedos. No tengo derecho a disminuir la singular obra maestra que fue su partida; debo dejar a ese niño el mérito de su propia muerte."]

Marguerite Yourcenar, Memorias de Adriano, Buenos Aires, Debolsillo, 2010, p. 157 - Traducción de Julio Cortázar

vendredi 9 juillet 2010

Le manuscrit

"J’ai eu la possibilité de consulter des notes manuscrites ajoutées par Marguerite Yourcenar à la transcription de ses propos enregistrés par Matthieu Galey pour l’édition de Les yeux ouverts, propos frappés de l’autorité et de la sérénité d’un auteur célèbre et vénéré, proche de sa quatre-vingtième année. Ces notes sont nombreuses et constituent des paragraphes importants. Elles sont écrites en quatre encres, noire, bleue, verte, mauve, qui se succèdent et se mélangent sans cohérence; de deux calligraphies, tantôt droite, tantôt penchée, elles aussi mélangées; les dernières lettres des mots étant souvent escamotées. Comme nous sommes loin de l’écriture “typographiée” de cet auteur aux longueurs de phrases les plus régulières, ponctuées avec soin, évitant tout enchaînement flou. Comme nous sommes loin du ton calme, presque détaché du texte. Qui était Marguerite Yourcenar?"

RICHAUDEAU, François, « La génétique du texte ou comment ils écrivent » dans Communication et langages, Nº 105, 3ème trimestre 1995, pp. 74-91


Lettre manuscrite de Marguerite Yourcenar (1935)

« Tuve la posibilidad de consultar notas manuscritas agregadas por Marguerite Yourcenar a la transcripción de sus palabras grabadas por Matthieu Galey para la edición de Les yeux ouverts, palabras sujetas a la autoridad y a la serenidad de una autora célebre y venerada, próxima a su octagésimo aniversario. Esas notas son numerosas y constituyen párrafos importantes. Están escritas en cuatro tintas, negra, azul, verde, violeta, las cuáles se suceden y se mezclan sin coherencia; en dos caligrafías, unas veces derecha, otras torcida, ellas también entremezcladas ; las últimas letras de las palabras a menudo escamoteadas. Cuán lejos estamos de la escritura « tipográfica » de esta autora de frases largas y regulares, puntuadas con cuidado, evitando todo encadenamiento flojo. Cuán alejados estamos de tu calma, casi desprendida del texto. ¿Quién era Marguerite Yourcenar ? »

samedi 24 octobre 2009

Fragments, ombres

"Nous sommes tous incomplets, dit le Sage. Nous sommes tous partagés, fragments, ombres, fantômes sans consistance. Nous avons tous cru pleurer et cru jouir depuis des séquelles de siècles. [...]
-Le désir t'a appris l'inanité du désir, dit-il; le regret t'enseigne l'inutilité de regretter. Prends patience, ô Erreur dont nous sommes tous une part, ô Imparfaite grâce à qui la perfection prend conscience d'elle-même, ô Fureur qui n'es pas nécessairement immortelle..."
Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, Paris, Gallimard, 1963, p. 127

Ivana Salfity
Portrait

"-Todos estamos incompletos -dijo el Sabio-. Todos nos hallamos divididos y somos fragmentos, sombras, fantasmas sin consistencia. Todos creemos llorar y gozar desde hace siglos. [...]
-El deseo te enseñó la inanidad del deseo; el arrepentimiento te enseña la inutilidad de arrepentirse. Ten paciencia, ¡oh, Error!, del que todos formamos parte... ¡Oh, Imperfecta!, en quien la perfección toma conciencia de sí misma, ¡oh Furor!, que no eres necesariamente inmortal..."
Marguerite Yourcenar, Cuentos orientales, Buenos Aires, Alfaguara, 2005, pp 108-109. Traducción de Emma Calatayud
 

dimanche 20 septembre 2009

Prochain, proche

"Quand je te revois, tout redevient limpide. J'accepte de souffrir. 

Et tu t'en vas? Tu t'en vas?... Non, tu ne t'en vas pas: je te garde... Tu me laisses dans les mains ton âme comme un manteau. 

Prochain? Non, tu es proche. Je te plains comme moi-même."

Marguerite Yourcenar, Feux, Paris, Gallimard, 1974, p.136

Bruxelles, mars 2008

[Cuando vuelvo a verte, todo se torna límpido. Acepto sufrir. 

¿Y te vas? ¿Te vas?... No, no te vas: te retengo... Dejás en mis manos tu alma como un abrigo. 

¿Prójimo? No, próximo. Te compadezco como a mí misma.]

mercredi 6 mai 2009

Le temps

« Alors le temps cessa d’exister. C’était comme si on avait effacé les chiffres d’un cadran, et le cadran lui-même pâlissait comme la lune au ciel en plein jour. Sans horloge (celle de la maisonnette ne fonctionnait plus), sans montre (il n’en avait jamais possédé), sans calendrier des bergers pendu au mur, le temps passait comme l’éclair ou durait toujours. Le soleil se levait, puis se couchait, à une place à peine autre que la veille, un peu plus tôt chaque soir, un peu plus tard chaque matin. L’aube et le crépuscule étaient les seuls événements qui comptaient. Entre eux, quelque chose coulait, qui n’était pas le temps, mais la vie. Les phases de la lune n’importaient plus, sauf que, quand elle était pleine, le sable la nuit brillait blanc. Il ne se souvenait plus bien des noms et des dessins des constellations, qu’il avait sus par cœur au temps où le pilote de la Téthys mettait le cap sur Aldébaran ou sur les Pléiades, mais peu importait : c’étaient de toute façon d’incompréhensibles feux qui brûlaient au ciel. Des nuages ou des bancs de brume en cachaient presque toujours une partie ; ou bien elles reparaissaient comme des amies perdues. Avant que la maladie, en s’aggravant, lui enlevât peu à peu la force d’aimer passionnément grand-chose, il continuait d’aimer passionnément la nuit. Elle semblait ici illimitée, toute-puissante : la nuit sur la mer prolongeait de tous côtés la nuit sur l’île. Parfois, sorti de la maison, dans le noir, où l’on n’apercevait indistinctement que la masse molle des dunes et, dans l’entrebâillement, le blanc moutonnement de la mer, il enlevait ses vêtements, et se laissait pénétrer par cette noirceur et ce vent presque tiède. Il n’était alors qu’une chose parmi les choses. Il n’aurait su dire pourquoi, ce contact de sa peau avec l’obscurité l’émouvait comme autrefois l’amour. À d’autres moments, le vide nocturne était terrible. »
Marguerite Yourcenar, Un homme obscur, Paris, Gallimard, 1982, p.163-164


Roberto Aizenberg
Torre (1975-1989)
Huile sur toile - 60 x 34 cm.

"Entonces el tiempo dejó de existir. Era como si se hubieran borrado las cifras de un cuadrante, y el cuadrante mismo palideciera como la luna en el cielo en pleno día. Sin reloj de pared (el de la casita no funcionaba más), sin reloj pulsera (nunca había tenido uno), sin calendario de los pastores colgado en la pared, el tiempo pasaba como un destello o duraba para siempre. El sol se levantaba para luego ponerse, en un sitio apenas distinto del anterior, un poco más tarde cada mañana. El alba y el crepúsculo eran los únicos hechos que contaban. Entre ellos, algo pasaba, que no era el tiempo, sino la vida. Las fases de la luna no importaban más, salvo que, cuando era luna llena, la arena la noche brillaba blanca. Ya no se acordaba bien de los nombres y de los dibujos de las constelaciones, que alguna vez había conocido de memoria en el tiempo en que el piloto de la Téthys hacía rumbo hacia Aldebarán o hacia las Pléyades, aunque poco importaba: de todas maneras eran fuegos incomprensibles que brillaban en el cielo. Nubes o bancos de bruma escondían casi siempre una parte; o bien reaparecían como amigas perdidas. Antes de que la enfermedad, al agravarse, le quitara poco a poco la fuerza de amar apasionadamente algo, continuaba amando apasionadamente la noche. Parecía ilimitada aquí, poderosa: la noche sobre el mar prolongaba por todas partes la noche sobre la isla. A veces, al salir de la casa, en la oscuridad, no percibiendo indistintamente otra cosa más que la masa blanda de las dunas y, al entornar los ojos, el cabrilleo del mar, se quitaba la ropa y se dejaba penetrar por esa negrura y ese viento casi tibio. Entonces no era más que una cosa entre las cosas. No hubiera sabido decir por qué ese contacto de su piel con la oscuridad lo emocionaba como alguna vez lo había emocionado el amor. En otros momentos, el vacío nocturno era terrible."

jeudi 12 février 2009

Pio

Pio (1999)

"Puis des souvenirs me reviennent. Ne vous effrayez pas : je ne décrirai rien ; je ne vous dirai pas les noms ; j’ai même oublié les noms, ou ne les ai jamais su. Je revois la courbe particulière d’une nuque, d’une bouche ou d’une paupière, certains visages aimés pour leur tristesse, le pli de lassitude qui abaissait leurs lèvres, ou même ce je ne sais quoi d’ingénu qu’a la perversité d’un être jeune, ignorant et rieur ; tout ce qui affleure d’âme à la surface d’un corps."

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, Paris, Gallimard, 1971, p. 70-71

lundi 19 janvier 2009

Un instant II

Piet Mondrian
"J'étais couché dans mon lit d'infirmerie; je regardais, à travers la vitre, le mur gris de la cour voisine, et des voix rauques d'enfants montaient. Je me disais que la vie serait éternellement ce mur gris, ces voix rauques, et ce malaise d'un trouble caché. Je me disait que rien n'en valait la peine, et qu'il serait aisé de ne plus vouloir vivre. Et lentement, comme une sorte de réponse que je me faisais à moi même, une musique montait en moi. C'était d'abord une musique funébre, mais elle cessait bientôt de pouvoir être appelée ainsi, car la mort n'a plus de sens où la vie n'atteint pas, et cette musique planait beaucoup au-dessus d'elles. C'était une musique paisible, paisible parce qu'elle était puissante. Elle emplissait l'infirmerie, elle me roulait sous elle comme dans le bercement d'une lente houle régulière, voluptueuse, à laquelle je ne résistais pas, et pendant un instant je me sentais calmé."


Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, Paris, Gallimard, 1971, p. 48

vendredi 2 janvier 2009

Nathanaël

Pieter Bruegel l'Ancien 
La chute d'Icare (1558)
Huile sur bois - 74 x 112 cm

"La pluie commençait, mêlée de flasques flocons. Nathanaël se dirigea vers le bassin du port où amarraient les navires venus d'outre-mer. Leurs mâts ressemblaient de loin à des arbres dépouillés par l'hiver s'agitant au vent. Ça et là, une lanterne brillait, sans quoi on n'eût pas cru que des hommes vivaient dans ces coques noires. Il lui semblait maintenant que le plus beau temps de sa vie avait été ces traversées, ces nonchalantes escales dans des ports au climat languide, ou encore ces deux ans de dure vie et de naïf amour dans l'île que ses habitants appelaient l'Île Perdue."
Marguerite Yourcenar, Un homme obscur, Paris, Gallimard, 1982, p.83
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