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jeudi 20 septembre 2012

L'angoisse

"Elle se relève. Elle découvre qu'elle a tout le corps couvert de sueur. Même son ventre se couvre de sueur. L'angoisse est une si ancienne compagne. Ce n'est peut-être pas la plus commode des compagnes qui se trouvent dans ce monde mais c'est une bonne conseilleuse. La gorge qui se serre est une fée, pénible, cruelle, mais qui lit admirablement dans les cartes que le temps distribue. Plus jamais elle ne combat frontalement l'angoisse. Elle en connaît trop les stratagèmes, et les vertiges."

Pascal Quignard, Les solidarités mystérieuses, Paris, Gallimard, 2011, p. 34 


William Bouguereau
Biblis (1884)
 48 cm x 79 cm 

["Ella se levanta. Ella descubre que tiene todo el cuerpo cubierto de sudor. Incluso su vientre se cubre de sudor. La angustia es una vieja compañera. Quizá no es la compañera más cómoda del mundo pero es una buena consejera. La garganta que se anuda es un hada, agobiante, cruel, pero que lee admirablemente las cartas que el tiempo distribuye. Nunca más ella hace frente a la angustia. Ella conoce demasiado sus estratagemas, y sus vértigos."]

jeudi 10 mai 2012

Les traits

"Assise à la poupe, Sappho regarde vaciller à la lueur d'une lanterne ce beau visage de jeune mâle qui est maintenant son seul soleil humain. Elle retrouve dans ses traits certaines caractéristiques aimées jadis dans la jeune fille en fuite: la même bouche tuméfiée que semble avoir piquée une mystérieuse abeille, le même petit front dur sous des cheveux différents et qui cette fois semblent trempés dans le miel, les mêmes yeux pareils à deux longues turquoises troubles, mais enchâssés dans un visage hâlé au lieu d'être livide, de sorte que la blême jeune fille brune semble n'avoir été qu'une simple cire perdue de ce dieu de bronze d'or."
Marguerite Yourcenar, Sappho ou le suicide in Feux, (Plon, 1957), Paris, Gallimard, 1974, p. 207-208



Artist: Adolphe William Bouguereau
Baigneuse Accroupie (1884)
Huile sur toile - 116 x 89 cm
Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts

["Sentada en la popa, Safo contempla, a la luz de un farol, cómo tiembla aquel hermoso rostro de hombre joven que es ahora su único sol humano. Descubre en sus facciones ciertas características antaño amadas en la muchacha desaparecida: la misma boca tumefacta como si la hubiera picado una misteriosa abeja, la misma frente pequeña y dura bajo unos cabellos diferentes y que ahora parecen empapados de miel, los mismos ojos semejantes a dos largas turquesas rubias, pero engarzadas en un rostro tostado en lugar de ser blanco, de suerte que la pálida joven de cabellos oscuros le parece haber sido una simple reproducción de aquel dios de bronce y oro."]
Traducción de Emma Calatayud.
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