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dimanche 6 septembre 2009

La maladie

Stephan Crasneanski

“Vous demandez comment le sentiment d’aimer pourrait survenir. Elle vous répond:  Peut-être d’une faille soudaine dans la logique de l’univers. Elle dit: Pr exemple d’une erreur. Elle dit: jamais d’un vouloir. Vous demandez: Le sentiment d’aimer pourrait-il survenir d’autres choses encore? Vous la suppliez de dire. Elle dit: De tout, d’un vol d’oiseau de nuit, d’un sommeil, d’un rêve de sommeil, de l’aproche de la mort, d’un mot, d’un crime, de soi, de soi-même, soudain sans savoir comment. Elle dit: Regardez. Elle ouvre ses jambes et dans le creux de ses jambes écartées vous voyez en fin la nuit noire. Vous dites: C’était là, la nuit noire, c’est là.

Elle dit: Viens. Vous venez. Entré dans elle, vous pleurez encore. Elle dit: Ne pleure plus. Elle dit: Prenez-moi pour que cela ait été fait.

Vous le faites, vous prenez.

Cela est fait.

Elle se rendort."

Marguerite Duras, La maladie de la mort, Paris, Minuit, 1982, pp. 52-53

"Usted le pregunta cómo podría surgir el sentimiento de amar. Ella le responde: quizás de una falla repentina en la lógica del universo. Ella dice: Por ejemplo de un error. Ella dice: nunca de un querer. Usted le pregunta: ¿el sentimiento de amar podría surgir de otras cosas aún? Usted le suplica decir. Ella dice: De todo, de un vuelo de pájaro de noche, de un sueño, de un sueño de sueño, de la cercanía de la muerte, de una  palabra, de un crimen, de sí, de sí mismo, repentinamente sin saber cómo. Ella dice: mire. Abre sus piernas y en el hueco de sus piernas separadas usted ve al fin la noche negra. Usted dice: era ahí, la noche negra, era ahí.

Ella dice: Vení. Usted viene. Dentro de ella, usted llora todavía. Ella dice: No llores más. Ella dice: Tómeme para que eso haya sido hecho.

Usted lo hace, usted toma.

Eso es hecho.

Ella vuelve a dormirse.  "

dimanche 7 juin 2009

La trace I

"Très vite dans ma vie il a été trop tard. [...]
L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne."

Marguerite Duras, L'amant, Paris, Minuit, 1984 p. 9-14

Amedeo Modigliani
Madame Zborowska, 1918
Oil on canvas. 64.5 x 46 cm

"Muy pronto en mi vida fue demasiado tarde. [...]
La historia de mi vida no existe. Eso no existe. Nunca hay centro. Ni camino, ni línea. Sólo grandes espacios en los que uno cree que había alguien, no es cierto, no había nadie."

dimanche 12 avril 2009

Le retour


Aurélie Nemours
Retour
Gouache sur papier - 37,7 x 35,8 cm

"Les pleures la réveillent. Elle vous regarde. Elle regarde la chambre. Et de nouveau elle vous regarde. Elle caresse votre main. Elle demande: Vous pleurez pourquoi? Vous dites que c'est à elle de dire pourquoi vous pleurez, que c'est elle qui devrait le savoir.
Elle répond tout bas, dans la douceur: Parce que vous n'aimez pas. Vous répondez que c'est ça.
Elle vous demande de le lui dire clairement. Vous le lui dites: Je n'aime pas.
Elle dit: Jamais?
Vous dites: Jamais.
Elle dit: L'envie d'être au bord de tuer un amant, de le garder pour vous, pour vous seul, de le prendre, de le voler contre toutes les lois, contre tous les empires de la morale, vous ne la connaissez pas, vous ne l'avez jamais connue?
Vous dites: Jamais.
Elle vous regarde, elle répète: C'est curieux un mort."
Marguerite Duras, La maladie de la mort, Paris, Minuit, 1982, p. 44-45

lundi 16 juin 2008

MODERATO CANTABILE

"Anne Desbaresdes sourit.
-Que je bois du vin en votre compagnie, termina-t-elle -elle rit subitement dans un éclat-, mais pourquoi ai-je tant envie de rire aujourd'hui?
Il s'approcha de son visage assez près, posa ses mains contre les siennes sur la table, cessa de rire avec elle.
-La lune était presque pleine cette nuit. On voyait bien votre jardin, comme il est bien entretenu, lisse comme un miroir. C'était tard. Le grand couloir du premier étage était encore allumé.
-Je vous l'ai dit, parfois je dors mal.
Il joua à faire tourner son verre dans sa main afin de lui faciliter les choses, de lui laisser l'aise, comme il crut comprendre qu'elle le désirait, de le regarder mieux. Elle le regarda mieux.
-Je voudrais boire un peu de vin -elle réclama plaintivement, comme déjà lésée. Je ne savais pas que l'habitude vous en venait si vite. Voilà que je l'ai presque, déjà.
Il commanda le vin. Ils le burent ensemble avec avidité, mais cette fois rien ne pressa Anne Desbaresdes de boire, que son penchant naissant pour l'ivresse de ce vin. Elle attendit un moment après l'avoir bu et, avec la voix douce et fautive de l'excuse, elle recommença à questionner cet homme.
-Je voudrais que vous me disiez maintenant comment ils en sont arrivés à ne plus même se parler. "
Marguerite Duras, Moderato Cantabile


[“Anne Desbaresdes sonrió.
-Cuánto vino bebo cuando estoy con usted, concluyó ella –estalló en risas súbitamente- pero ¿por qué tengo tantas ganas de reír hoy?
Él se acercó a su cara, posó sus manos contra las de ella sobre la mesa, dejó de reír a la par de ella.
-La luna era casi llena esa noche. Su jardín podía verse sin problema, la manera en que estaba cuidado, liso como un espejo. Era tarde. El gran corredor del primer piso estaba todavía iluminado.
-Ya se lo dije, a veces duermo mal.
Él jugó a hacer girar su vaso en su mano, con el propósito de facilitar las cosas, de hacerla sentirse cómoda, como él creyó comprender que ella lo desearía, de mirarlo mejor. Ella lo miró mejor.
-Quisiera beber un poco de vino- reclamó ella quejosamente, como dañada ya. No sabía que el hábito se establecía en usted con tanta rapidez. Fíjese que ya casi lo tengo.
Él pidió el vino. Bebieron juntos con avidez, pero esta vez nada apresuró a Anne Desbaresdes a beber más que su naciente propensión a la ebriedad de ese vino. Ella esperó un momento después de haberlo bebido y, con la voz suave y culposa de la excusa, volvió a interrogar a ese hombre.
-Quisiera que ahora me dijera cómo llegaron a ni siquiera hablarse más.”
Marguerite Duras, Moderato Cantabile]
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