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vendredi 19 novembre 2010

De mon physique

"Je n'ai jamais eu un beau visage. La jeunesse me tenait lieu de beauté. Mon ossature est bonne. Les chairs s'organisent mal dessus. En outre le squelette change à la longue et s'abîme. Mon nez, que j'avais droit, se busque comme celui de mon grand-père. Et j'ai remarqué que celui de ma mère s'était busqué sur son lit de mort. Trop de tempêtes internes, de souffrances, de crises de doute, de révoltes matées à la force du poignet, de gifles du sort m'ont chiffonné le front, creusé entre les sourcils une ride profonde, tordu ces sourcils, drapé lourdement les paupières, molli les joues creuses, abaissé les coins de la bouche, de telle sorte que si je me penche sur une glace basse je vois mon masque se détacher de l'os et prendre une forme informe. Ma barbe pousse blanche. Mes cheveux, en perdant l'épaisseur, ont gardé leur révolte. Il en résulte une gerbe de mèches qui se contredisent et ne peuvent se peigner. Si elles s'aplatissent elles me donnent un air minable. Si elles se redressent, cette coiffure hirsute semble être le signe d'une affectation. 
Mes dents se chevauchent. Bref, sur un corps ni grand ni petit, mince et maigre, armé de mains qu'on admire parce qu'elles sont longues et très expressives, je promène une tête ingrate. Elle me donne une fausse morgue. Cette fausse morgue vient de mon désir de vaincre la gêne que j'éprouve à me montrer tel que je suis, et sa promptitude à fondre, de la crainte qu'on puisse la prendre pour une morgue véritable."
Jean Cocteau, "De mon physique" in La Difficulté de l'être, (1947), Paris, Rocher, 1989, pp. 31-32
Marie Laurencin
Portrait de Cocteau (1921)

["Nunca tuve un bello rostro. La juventud ocupaba en mí el lugar de la belleza. Mi estructura ósea es buena. La carne se organiza mal por encima. Además, el esqueleto cambia con el tiempo y se estropea. Mi nariz, que era derecha, se encorva como la de mi abuelo. Y he notado que la de mi madre se encorvó sobre su lecho de muerte. Demasiadas tormentas internas, sufrimientos, crisis de duda, revueltas reprimidas a fuerza de puño. Bofetadas de ese tipo me han ajado la frente, han cavado entre las cejas una arruga profunda, han desfigurado esas cejas, han drapeado pesadamente los párpados, han reblandecido las mejillas huecas, bajado la comisura de los labios, de tal manera que si me inclino sobre un espejo bajo veo mi máscara desprenderse de los huesos y adoptar una forma informe. Mi barba crece blanca. Mis cabellos, que han ido perdiendo espesor, han conservado su rebeldía. Se han convertido en un haz de mechas que se contradicen imposibles de peinar. Si se alisan me dan un aire lamentable. Si se enderezan, ese peinado hirsuto parece un gesto afectado.
Mis dientes se encabalgan. En suma, sobre un cuerpo ni alto ni bajo, delgado y magro, armado de manos que despiertan admiración porque son largas y expresivas, paseo una cabeza poco agraciada. Ella me da una falsa altivez. Esta falsa altivez proviene de mi deseo de vencer la incomodidad que me provoca el mostrarme tal como soy y su prontitud a disolverse ante el temor de que alguien pueda confundirla con una altivez verdadera."]

lundi 26 juillet 2010

Chéri

"Il remarqua que le ciel rose se mirait dans le ruisseau gorgé encore de pluie, sur le dos bleu des hirondelles volant à ras de terre, et parce que l’heure devenait fraîche, et que traîtreusement le souvenir qu’il emportait se retirait au fond de lui-même pour y prendre sa force et sa dimension définitives, il crut qu’il avait tout oublié et il se sentit heureux."

Colette COLETTE, La fin de Chéri, Paris, Calmann-Lévy, 1926, pág 105.


Marie Laurencin
Huile sur toile - 30.5 x 30 cm



["Él notó que el cielo rosa se reflejaba en el arroyo todavía cargado de lluvia y sobre el lomo azul de las golondrinas volando al ras del suelo; y porque la tarde se volvía fresca, y porque traicioneramente el recuerdo que llevaba consigo se retiraba hasta el fondo de sí mismo para tomar allí su fuerza y dimensión definitivas, él creyó que había olvidado todo y se sintió feliz."]

vendredi 24 avril 2009

L'allégresse

Marie Laurencin
Portrait de Juliette Roche Gleizes (Ca. 1917-1918)
Huile sur carton - 58.5 x 46 cm
"Tout ce qui jusqu’ici composait l’originalité, la délicatesse des arts féminins dans la dentelle, la broderie, la tapisserie de Bayeux, etc., nous les retrouvons ici transfiguré, purifié. L’art féminin est devenu un art majeur et on ne le confondra plus avec l’art masculin. L’art féminin est fait de bravoure, de courtoisie, d’allégresse. Il danse dans la lumière et s’alanguit dans le souvenir. Il n’a jamais connu l’imitation, il n’est jamais descendu aux bassesses de la perspective. C’est un art heureux.
[…] L’art féminin, l’art de Mlle. Laurencin, tend à devenir une pure arabesque humaniste par l’observation attentive de la nature et qui, étant expressive, s’éloigne de la simple décoration tout en demeurant aussi agréable."
Guillaume Apollinaire, « Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes. Peintres nouveaux » dans Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, 1991, p.34-39
"Todo lo que hasta aquí formaba parte de la originalidad, la delicadeza de las artes femeninas en el encaje, el bordado, la tapicería de Bayeux, etc., lo encontramos aquí transfigurado, purificado. El arte femenino se ha convertido en un arte mayor y ya no se lo confundirá con el arte masculino. El arte femenino está hecho de bravura, de cortesía, de alegría. Baila en la luz y perdura en el recuerdo. Nunca conoció la imitación, ni descendió jamás a las bajezas de la perspectiva. Es un arte feliz.
[...]
El arte femenino, el arte de Mlle. Laurencin, tiende a volverse un arabesco humanista puro por la observación atenta de la naturaleza, la cual, aún expresiva, se aparta de la simple decoración resultando también agradable. "
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