mercredi 21 janvier 2009

Le portrait-nu


Richard Avedon
Contessa Christina Paolozzi, Hair by Kenneth, New York.
June 1961
Gelatin silver print - 15.7 x 10.6 cm
© 2009 The Richard Avedon Foundation


- Et si je vous photographiais ?
- Mais oui, pourquoi pas ?
- Je prépare les appareils et l’éclairage.
- Je vais me préparer moi-même dans la chambre à côté.
Décidément, oui, j’aimais ce visage si simple, composé de quelques méplats, ce regard ardent dont le mystère entièrement extraverti s’épuisait dans une attente de ce qui peut arriver –événements, choses, gens. Je déroulai le fond de papier blanc qui supprime toute espèce de « décor » et isole le sujet comme dans un champ de neige. Je branchai les deux spots de mille watts. Je choisis l’objectif Elmarit de 90 mm, incomparable pour les portraits.
- Vous êtes prêt ?
- Parfaitement.
Elle s’avança bravement sur la plage éblouissante de lumière qui s’offrait à ses pieds. Y avait-il eu malentendu ? Elle était nue comme Ève au Paradis. En disant « photo », j’avais pensé « portrait ». Elle avait compris « nu ». »

Michel Tournier, "Le portrait-nu" dans petites proses, Paris, Gallimard, 1986, p. 148

2 commentaires:

Fishturn a dit…

Penser le regard de l'homme comme une demande d'invitation :-)

Aurélia a dit…

C'est très beau cette confusion entre la photo et le nu. Je crois qu'il y a toujours de ça.

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