jeudi 19 novembre 2009

Toujours, toujours, toujours

"Ça n'a rien à voir avec un rêve. Je rêve souvent, mais les rêves, leur réalité je veux dire, s'effacent avec le temps. Mais ça, c'est différent. Le temps a beau passer, l'impression reste vivante. Ça garde toujours, toujours, toujours sa réalité. Ça revient flotter devant mes yeux."
Haruki Murakami, Danse, danse, danse, Paris, Seuil, 1995, p. 73

Henri Rousseau
Le rêve (1910)
Huile sur toile - 204,5 x 298,5 cm

["Eso no tiene nada que ver con un sueño. Sueño con frecuencia, pero los sueños, su realidad quiero decir, se borra con el tiempo. Pero eso es diferente. Por más que el tiempo pase su impresión permanece viva. Sigue siendo siempre, siempre, siempre real. Vuelve y flota ante mis ojos."]

samedi 7 novembre 2009

Bill Evans-My Foolish Heart

jeudi 5 novembre 2009

Ce lieu

Richard Paul Lohse

Serial elements concentrated in rhythmic groups

1949/1956/1 Oil/canvas, 90 × 90 cm

“Toute en regardant tomber la pluie, je songeais à cette sensation d’être englobé par quelque chose, d’en faire partie. Et je songeais aussi que quelqu’un, quelque part, pleurait pour moi. Comme si cela appartenait à un monde extrêmement lointain. Un incident qui se produisait sur la Lune ou sur un endroit de ce genre. Finalement, ce n’était jamais qu’un rêve, et j’aurais beau tendre les mains, j’aurais beau courir de toutes mes forces, je ne pourrais jamais attiendre ce lieu.

Pourquoi quelqu’un pleure-t-il pour moi?

Haruki Murakami, Danse, danse, danse, Paris, Seuil, 1995, p.12

“Mirando caer la lluvia, soñaba con la sensación de ser contenido por algo, de forma parte de ello. Y soñaba también que alguien, en alguna parte, lloraba por mí. Como si eso perteneciera a un mundo extremadamente lejano. Un incidente que se producía en la luna o en algún lugar parecido. Finalmente, no era más que un sueño, y aunque tendiera las manos, aunque corriera con todas mis fuerzas, nunca podría alcanzar ese lugar.

¿Por qué alguien llora por mí?

jeudi 29 octobre 2009

Magie et bonheur


Sebastián Ingrassia
Traumland

“Walter Benjamin dit quelque part que la première expérience que l’enfant a du monde, n’est pas que “les adultes sont plus forts, mais qu’il est incapable de magie”. Cette affirmation faite sous l’effet de la mescaline, n’en est pas moins exacte. Il est probable en effet que l’invincible tristesse dans laquelle sombrent parfois les enfants naisse précisément de cette prise de conscience qu’ils ne sont pas capables de magie. Ce qu’il nous est donné d’atteindre à travers nos mérites et nos efforts ne peut nous rendre véritablement heureux. Seule la magie en est capable. C’est ce qui n’avait pas échappé au génie infantile de Mozart. Dans une lettre à Bullinger, il indique avec précision la secrète solidarité qui lie la magie et le bonheur : “Vivre bien et vivre heureux sont deux choses différentes, et la seconde, sans magie, ne m’arrivera certainement pas. Pour que je sois heureux, il faudrait qu’arrive quelque chose de vraiment extérieur à l’ordre naturel.“

Giorgio Agamben, “Magie et bonheur” dans Profanations, Paris, Rivages, 2006

Sebastián Ingrassia
Traumland

“Walter Benjamin dijo una vez que la primera experiencia que el niño tiene del mundo no es que “los adultos son más fuertes, sino su incapacidad de hacer magia”. La afirmación, efectuada bajo el efecto de una dosis de veinte miligramos de mescalina, no es por esto menos exacta. Es probable, en efecto, que la invencible tristeza en la cual se sumergen cada tanto los niños provenga precisamente de esta conciencia de no ser capaces de hacer magia. Aquello que podemos alcanzar a través de nuestros méritos y de nuestras fatigas no puede, de hecho, hacernos verdaderamente felices. Sólo la magia puede hacerlo. Esto no se le escapó al genio infantil de Mozart, quien en una carta a Bullinger señaló con precisión la secreta solidaridad entre magia y felicidad: “Vivir bien y vivir felices son dos cosas distintas; y la segunda, sin alguna magia, no me ocurrirá por cierto. Para que esto suceda, debería ocurrir alguna cosa verdaderamente fuera de lo natural". 

Giorgio Agamben, "Magia y felicidad" en Profanaciones, Buenos Aires, Adriana Hidalgo, 2005, p. 21  

Sebastián Ingrassia
Traumland

samedi 24 octobre 2009

Fragments, ombres

"Nous sommes tous incomplets, dit le Sage. Nous sommes tous partagés, fragments, ombres, fantômes sans consistance. Nous avons tous cru pleurer et cru jouir depuis des séquelles de siècles. [...]
-Le désir t'a appris l'inanité du désir, dit-il; le regret t'enseigne l'inutilité de regretter. Prends patience, ô Erreur dont nous sommes tous une part, ô Imparfaite grâce à qui la perfection prend conscience d'elle-même, ô Fureur qui n'es pas nécessairement immortelle..."
Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, Paris, Gallimard, 1963, p. 127

Ivana Salfity
Portrait

"-Todos estamos incompletos -dijo el Sabio-. Todos nos hallamos divididos y somos fragmentos, sombras, fantasmas sin consistencia. Todos creemos llorar y gozar desde hace siglos. [...]
-El deseo te enseñó la inanidad del deseo; el arrepentimiento te enseña la inutilidad de arrepentirse. Ten paciencia, ¡oh, Error!, del que todos formamos parte... ¡Oh, Imperfecta!, en quien la perfección toma conciencia de sí misma, ¡oh Furor!, que no eres necesariamente inmortal..."
Marguerite Yourcenar, Cuentos orientales, Buenos Aires, Alfaguara, 2005, pp 108-109. Traducción de Emma Calatayud
 

samedi 17 octobre 2009

Des dieux

"Vivre jusqu'à la dernière minute sans savoir à quelle heure on va mourir est le plus beau cadeau que les dieux nous font, des dieux, quel que soit leur nom, en qui, rien que pour cette raison, on devrait croire."
François Weyergans, Trois jours chez ma mère, Paris, Grasset, 2005, p. 108

Girodet
Atala au tombeau (1807)
Huile sur toile - 207 x 267 cm 

["Vivir hasta el último minuto sin saber a qué hora vamos a morir es el más bello regalo que nos han hecho los dioses; dioses, cualquiera sea su nombre, en los que, nada más que por esta razón, habría que creer."]

dimanche 11 octobre 2009

Les mots

"Je commençais à me découvrir. Je n'étais presque rien, tout au plus une activité sans contenu, mais il n'en fallait pas davantage.  J'échappais à la comédie: je ne travaillais pas encore mais déjà je ne jouais plus, le menteur trouvait sa vérité dans l'élaboration de ses mensonges. Je suis né de l'écriture: avant elle, il n'y av
ait qu'un jeu de miroirs; dès mon premier roman, je sus qu'un enfant s'était introduit dans le palais de glaces. Écrivant, j'existais, j'échappais aux grandes personnes; mais je n'existais que pour écrire et si je disais: moi, cela signifiait: moi qui écris."
Jean-Paul Sartre, Les mots, Paris, Gallimard, 1964 p. 126

Red Morning Trouble
Gilbert & George
Mixed media - 1977 

[Comenzaba a descubrirme. No era casi nada, totalmente una actividad sin contenido, pero no hacía falta más. Escapaba al teatro: no trabajaba todavía pero ya no jugaba más, el mentiroso encontraba su verdad en la elaboración de sus mentiras. Nací de la escritura: antes de ella, no había más que un juego de espejos; desde mi primera novela supe que un niño se había introducido en el palacio de cristal. Escribiendo existía, escapaba a los adultos; pero no existía más que para escribir y si decía: yo, eso significaba: yo que escribo.]

samedi 10 octobre 2009

La passion II



Eusebio Poncela - Antonio Banderas
Pedro Almodóvar, La ley del deseo (1987)

"Il faut convenir, chère amie, que les passions sont un accident dans la vie, mais cet accident ne se rencontre que chez les âmes supérieures..." Stendhal, Le rouge et le noir, Paris, Gallimard, 1972, p. 465
"Les vraies passions sont égoïstes". 
Ibid, p. 143
"Toute vraie passion ne songe qu'à elle". 
Ibid. p. 239

Eusebio Poncela 

[Es necesario precisar, querida amiga, que las pasiones son un accidente en la vida, pero ese accidente no se encuentra sino en las almas superiores.
Las verdaderas pasiones son egoistas.
Toda verdadera pasión no sueña más que consigo misma".]

Eusebio Poncela - Antonio Banderas
Pedro Almodóvar, La ley del deseo (1987)

La passion

Penélope Cruz
Pedro Almodóvar, Los abrazos rotos (2009) 

...un film debe terminarse siempre "aunque sea ciego". 


Lluis Homar

 
...il faut toujours finir un film « même en aveugle ».


Ángela Molina - Penélope Cruz

jeudi 8 octobre 2009

Le baiser

"...on rompt des liens plus aisément qu'on ne s'échappe à soi-même; et, pour y réussir, déjà faut-il le désirer; or, ce n'est pas à linstant où je commençais à me découvrir, que je pouvais souhaiter me quitter, sur le point de découvrir en moi les tables de ma loi nouvelle. Car il ne me suffisait pas de m'émanciper de la règle; je prétendais légitimer mon délire, donner raison à ma folie."

André Gide, Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, 1955, p. 362


Javier Van de Couter
dans La nuit où Larry Kramer m'a embrassé
de David Drake

[... es más fácil romper con los lazos que escaparse de sí mismo; y, para tener éxito, hace falta ya desearlo; sin embargo, no era en el instante en que comenzaba a descubrirme que podía desear abandonarme, a punto de descubrir en mí las tablas de mi nueva ley. Pues no me bastaba con emanciparme de la regla; yo pretendía legitimar mi delirio, darle razón a mi locura..]

jeudi 1 octobre 2009

Le visage

Portraits (1998)

"Au mur, il y a un trou blanc, la glace. C'est un piège. Je sais que je vais m'y laisser prendre. Ça y est. La chose grise vient d'apparaître dans la glace. Je m'approche et je la regarde, je ne peux plus m'en aller.
C'est le reflet de mon visage. Souvent, dans ces journées perdues, je reste à le contempler. Je n'y comprends rien, à ce visage. Ceux des autres ont un sens. Pas le mien. Je ne peux même pas décider s'il est beau ou laid. je pense qu'il est laid, parce qu'on me l'a dit. Mais cela ne me frappe pas. Au fond je suis même choqué qu'on puisse lui attribuer des qualités de ce genre, comme si on appelait beau ou laid un morceau de terre ou bien un bloc de rocher.
Il y a quand même une chose qui fait plaisir à voir, au-dessus des molles régions des joues, au-dessus du front: c'est cette belle flamme rouge qui dore mon crâne, ce sont mes cheveux. Ça, c'est agréable à regarder. C'est une couleur nette au moins: je suis content d'être roux. C'est là, dans la glace, ça se fait voir, ça rayonne. J'ai encore de la chance: si mon front portait une de ces chevelures terne qui 'arrivent pas à se décider entre le châtain et le blond, ma figure se perdrait dans le vague, elle me donnerait le vertige."
Jean-Paul Sartre, La nausée, Paris, Gallimard, 1938, pp. 33-34

[En la pared hay un agujero blanco, el espejo. Es una trampa. Sé que voy a dejarme atrapar. Ya está. La cosa gris acaba de aparecer en el espejo. Me acerco y la miro; ya no puedo irme.
Es el reflejo de mi rostro. A menudo en estos días perdidos, me quedo contemplándolo. No comprendo nada en este rostro. Los de los otros tiene un sentido. El mío, no. Ni siquiera puedo decidir si es lindo o feo. Pienso que es feo, porque me lo han dicho. Pero no me sorprende. En el fondo, a mí mismo me choca que puedan atribuirle cualidades de ese tipo, como si llamaran lindo o feo a un montón de tierra o a un bloque de piedra.
Sin embargo hay algo agradable a la vista, encima de las regiones blandas de las mejillas, sobre la frente: la hermosa llamarada roja que me dora el cráneo, mi pelo. Es agradable de mirar. Por lo menos es un color definido: estoy contento de ser pelirrojo. Ahí, en el espejo, se hace ver, resplandece. Tengo suerte: si mi frente llevara una de esas cabelleras que no llegan a decidirse entre el castaño y el rubio, mi cara se perdería en el vacío, me daría vértigo.]
Jean-Paul Sartre, La náusea, México, Editorial Época, p. 13. Traducción de Aurora Bernárdez.


vendredi 25 septembre 2009

Insaisissable, immémorisable

Carolina Magnin
151-2 - Série Aeropostale (2007)
Photographie digitale sous acrylique - impression lambda
100 x 160 cm


"Imprimer la forme à une durée, c'est l'exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire. Car ce qui est informe est insaisissable, immémorisable."
Milan Kundera, La lenteur, Paris, Gallimard, 1995, p. 44

[Darle forma a una duración es la exigencia de la belleza y también de la memoria. Pues aquello que es informe es inasequible, inmemorizable.]

dimanche 20 septembre 2009

Prochain, proche

"Quand je te revois, tout redevient limpide. J'accepte de souffrir. 

Et tu t'en vas? Tu t'en vas?... Non, tu ne t'en vas pas: je te garde... Tu me laisses dans les mains ton âme comme un manteau. 

Prochain? Non, tu es proche. Je te plains comme moi-même."

Marguerite Yourcenar, Feux, Paris, Gallimard, 1974, p.136

Bruxelles, mars 2008

[Cuando vuelvo a verte, todo se torna límpido. Acepto sufrir. 

¿Y te vas? ¿Te vas?... No, no te vas: te retengo... Dejás en mis manos tu alma como un abrigo. 

¿Prójimo? No, próximo. Te compadezco como a mí misma.]

samedi 19 septembre 2009

Le bonheur



Pablo Harymbat
Buenos Aires (2008)

"La felicidad consiste en poder olvidar un amor que ya fue, encontrarse con lo que se puede amar y decidir sin preocuparse por lo normal."
Germán García

Pablo Harymbat
devant son œuvre - Buenos Aires (2008)

[Le bonheur consiste à pouvoir oublier un amour déjà passé, se retrouver avec ce qu'on peut aimer et décider sans se soucier de ce qui est normal.]



jeudi 17 septembre 2009

Temps sensible



Sonia Delaunay
Gouache (1926) - 21 x 27 cm


Je ne sais depuis combien de temps je suis ici. Si l'on reste perméable aux éléments de l'île – aux parfums des algues, aux cris des mouettes, au vent qui relève le soleil - le temps se dilate, il vous soûle. Flashes d'enfance, rêves éveillés, abrutissements d'où ne subsistent que des sensations, et puis rien. Ce temps soufflé, qui double toujours mon calendrier dans l'île, est la perception la plus concrète, ou, si l'on veut, l'image la plus exacte que je puisse donner du temps logique à partir duquel j'observe mes rêves. Ni hors du temps, ni ligne point à point. Écartelé entre les deux: un carrefour, un réseau, une hypertrophie.
Julia Kristeva, Temps sensible

[No sé cuánto tiempo llevo aquí. Si uno permanece permeable a los elementos de la isla - al perfume de las algas, a los gritos de las gaviotas, al viento que realza el sol - el tiempo se dilata, embriaga. Recuerdos de infancia, sueños despiertos, embrutecimientos de los que no subsisten más que sensaciones, y más tarde nada. Ese tiempo inflado, que dobla siempre mi calendario en la isla, es la percepción más concreta, o, si se quiere, la imagen más exacta que pueda dar del tiempo lógico a partir del cual observo mis sueños. Ni fuera del tiempo, ni línea punto a punto. Descuartizado entre los dos: un cruce de caminos, una red, una hipertrofia.]

dimanche 6 septembre 2009

La maladie

Stephan Crasneanski

“Vous demandez comment le sentiment d’aimer pourrait survenir. Elle vous répond:  Peut-être d’une faille soudaine dans la logique de l’univers. Elle dit: Pr exemple d’une erreur. Elle dit: jamais d’un vouloir. Vous demandez: Le sentiment d’aimer pourrait-il survenir d’autres choses encore? Vous la suppliez de dire. Elle dit: De tout, d’un vol d’oiseau de nuit, d’un sommeil, d’un rêve de sommeil, de l’aproche de la mort, d’un mot, d’un crime, de soi, de soi-même, soudain sans savoir comment. Elle dit: Regardez. Elle ouvre ses jambes et dans le creux de ses jambes écartées vous voyez en fin la nuit noire. Vous dites: C’était là, la nuit noire, c’est là.

Elle dit: Viens. Vous venez. Entré dans elle, vous pleurez encore. Elle dit: Ne pleure plus. Elle dit: Prenez-moi pour que cela ait été fait.

Vous le faites, vous prenez.

Cela est fait.

Elle se rendort."

Marguerite Duras, La maladie de la mort, Paris, Minuit, 1982, pp. 52-53

"Usted le pregunta cómo podría surgir el sentimiento de amar. Ella le responde: quizás de una falla repentina en la lógica del universo. Ella dice: Por ejemplo de un error. Ella dice: nunca de un querer. Usted le pregunta: ¿el sentimiento de amar podría surgir de otras cosas aún? Usted le suplica decir. Ella dice: De todo, de un vuelo de pájaro de noche, de un sueño, de un sueño de sueño, de la cercanía de la muerte, de una  palabra, de un crimen, de sí, de sí mismo, repentinamente sin saber cómo. Ella dice: mire. Abre sus piernas y en el hueco de sus piernas separadas usted ve al fin la noche negra. Usted dice: era ahí, la noche negra, era ahí.

Ella dice: Vení. Usted viene. Dentro de ella, usted llora todavía. Ella dice: No llores más. Ella dice: Tómeme para que eso haya sido hecho.

Usted lo hace, usted toma.

Eso es hecho.

Ella vuelve a dormirse.  "

samedi 5 septembre 2009

Madonna - Miles Away (OFFICIAL VIDEO HQ)

Sans doute il y a des choses qui sont restées " so faraway"...

[Sin duda hay cosas que quedaron "so faraway"...]

jeudi 3 septembre 2009

Leo & Daniel


Je vous ai déjà dit quelque chose à propos d'eux. Maintenant vous avez la chance de voir leurs travaux à Paris.
Leo et Dany: Bonne chance et mes plus grands compliments!

Ya les hablé de ellos antes. Ahora tienen la oportunidad de ver sus trabajos en Paris.
Leo y Dany: ¡Buena suerte y mis mejores felicitaciones!

jeudi 27 août 2009

Eau

Marina Rubino
Arsénico (2008)


"La mort de l'eau est plus songeuse que la mort de la terre: la peine de l'eau est infinie".
Gaston Bachelard

"La muerte del agua es más pensativa que la muerte de la tierra: la pena del agua es infinita".


mardi 25 août 2009

Le corps

Dino Bruzzone
Shaila I (2006)
120 x 158 cm C-Print
www.dinobruzzone.com

"Le corps est l'extension de l'âme jusqu'aux extrémités du monde et jusqu'aux confins du soi, l'un dans l'autre intriqués et indistinctement distincts étendue tendue à se rompre."
Jean-Luc Nancy, Jean-Luc, L’extension de l’âme dans Le Portique
http://leportique.revues.org/index905.html

"El cuerpo es la extensión del alma hasta las extremidades del mundo y hasta los confines del sí, el uno en el otro intrincados e indistintamente distintos, extensión tensa hasta romperse.”
Nancy, Jean-Luc, Extensión del alma, México, La Cebra, 2007, p. 51

samedi 15 août 2009

Ici


Peter Halley
Forever (2009)
Acrylic, Day-Glo acrylic and Roll-a-Tex on canvas
203.2 x 139.7 cm

"J'avais peur. Le seul lieu avec lequel je sentais encore un lien, si ténu soit-il, c'était ici.  Je sentais que je faisais partie d'ici. Je ne savais pas où était cet "ici". Mais fondamentalement, voilà ce que je ressentais: je faisais partie d'ici."
Haruki Murakami, Danse, danse, danse, Paris, Seuil, 1995,  p.129

"Tenía miedo. El único lugar al cual me sentía aún ligado, por más ténue que fuera, era aquí. Sentía que formaba parte de aquí. No sabía dónde estaba ese "aquí". Pero fundamentalmente, eso era lo que sentía: que era parte de aquí."

vendredi 14 août 2009

L'imprimé

Josef Albers
Homage to the square (1964)
Oil on composition board - 122.2 x 122.2 cm

"L'art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu'à les exprimer."
Henri Bergson

["El arte apunta a imprimir sentimientos en nosotros más que a explicarlos."]

jeudi 13 août 2009

Nature

"Le dialogue avec la nature reste pour l'artiste une condition sine qua non. L'artiste est homme; il est lui-même nature, morceau de la nature dans l'aire de la nature."
Paul Klee

Daniel Kiblisky
Palmar (2007)
Photo sur papier - 50 x 75 cm

["El diálogo con la naturaleza es para el artista una condición sine qua non. El artista es hombre; él mismo es naturaleza, un pedazo de naturaleza en la superficie de la naturaleza."]

mercredi 12 août 2009

La (non)communication II

 

Nathalie Baye - Sergi López 
Frédéric Fonteyne, Une liaison pornographique (1999)

-vous...
-quoi, moi?
-vous... ça va?
-j'ai l'air malade?


-y vos...
-¿yo qué?
-vos... ¿todo bien?
-¿tengo cara de enfermo?

dimanche 9 août 2009

Interpellations II





SALIDA DE EMERGENCIA - SORTIE DE SECOURS 
Oficina Proyectista
Juan-Miguel Dothas
5 al 28 de agosto de 2009


mardi 4 août 2009

Interpellations

Juan-Miguel Dothas

Interpelaciones

Oficina Proyectista

Perú 82, 6º, Of. 82,

Buenos Aires, Argentina.

(Du 5 jusqu'au 28 août)


"Ante la ley hay un guardián. Un campesino se presenta frente a este guardián, y solicita que le permita entrar en la Ley. Pero el guardián contesta que por ahora no puede dejarlo entrar. El hombre reflexiona y pregunta si más tarde lo dejarán entrar.

-Tal vez -dice el centinela- pero no por ahora."

Si querés saber qué hizo el campesino podés seguir leyendo el cuento de Kafka:

http://www.ciudadseva.com/textos/cuentos/euro/kafka/antela.htm

Aquí sólo cuenta lo que vos decidas hacer.

 

 "Devant la loi se dresse le gardien de la porte. Un homme de la campagne se présente et demande à entrer dans la loi. Mais le gardien dit que pour l'instant il ne peut pas lui accorder l'entrée. L'homme réfléchit, puis demande s'il lui sera permis d'entrer plus tard.

C'est possible, dit le gardien, mais pas maintenant.”

Si tu veux savoir ce que l’homme de la campagne a fait, voici le conte de Kafka :

http://www.lyber-eclat.net/kafka.html

Ici ce qui compte c’est ce que tu décideras de faire.

vendredi 31 juillet 2009

Lumière et Langage

« Le monde est fait de surfaces superposées, archives ou strates. Aussi le monde est-il savoir. Mais les strates sont traversées d’une fissure centrale, qui répartit d’un côté les tableaux visuels, de l’autre côté les courbes sonores : l’énonçable et le visible sur chaque strate, les deux formes irréductibles du savoir, Lumière et Langage, deux vastes milieux d’extériorité où se déposent respectivement les visibilités et les énoncés. »
Gilles DELEUZE, Foucault, Paris, Minuit, 1986, p. 128-129.

Mariano Ferrante
Composición 72/09 (2009)
Huile et acrylique sur toile - 190 x 190 cm

["El mundo está hecho de superficies superpuestas, archivos o estratos. También el mundo es saber. Pero los estratos se encuentran atravesados por una fisura central que reparte de un lado los cuadros visuales y del otro las curvas sonoras: lo enunciable y lo visible de cada estrato, las dos formas irreductibles del saber, Luz y Lenguaje, dos vastos medios de exterioridad en los que se depositan respectivamente las visibilidades y los enunciados."]

mardi 28 juillet 2009

Le regard

Kristin Scott Thomas
Philippe Claudel, Il y a longtemps que je t'aime (2008)

"Je pense qu'il est important de réapprendre l'attente, la patience, et la pénétration du regard."
Philippe Claudel

Elsa Zylberstein
Philippe Claudel, Il y a longtemps que je t'aime (2008)

["Pienso que es importante reaprender la espera, la paciencia, la penetración de la mirada."]

dimanche 26 juillet 2009

Saint Philippe

Giorgio Agamben (Saint Philippe)

Pier Paolo Pasolini, Il vangelo secondo Matteo (1964) 

Les Grecs n’avaient pas un terme unique pour exprimer ce que nous entendons par le mot vie. Ils utilisaient deux termes sémantiquement et morphologiquement distincts : zoé, qui exprimait le simple fait de vivre commun à tous les vivants (animaux, hommes ou dieux), et bios, qui signifiait la forme ou’ la manière de vivre propre d’un être singulier ou d’un groupe. Avec les langues modernes, cette opposition disparaît graduellement du lexique (lorsqu’elle est conservée comme dans biologie et zoologie, elle n’indique plus aucune différence substantielle) et un seul terme - dont l’opacité croît proportionnellement à la sacralisation de son référent - désigne dans sa nudité le présupposé commun qu’il est toujours possible d’isoler dans chacune des innombrables formes de vie.

Avec le terme forme-de-vie nous entendons, au contraire, une vie qui ne peut jamais être séparée de sa forme, une vie dont il n’est jamais possible d’isoler quelque chose comme une vie nue.

Giorgio Agamben, “Forme de vie” dans Multitudes Web

[Los griegos no tenían un término único para expresar lo que entendemos por la palabra vida. Utilizaban dos términos semántica y morfológicamente distintos: zoé, que expresaba el simple hecho de vivir común a todos los seres vivientes (animales, hombres o dioses), y bios, que significaba la forma o la manera de vivir propia de un ser singular o de un grupo. Con las lenguas modernas, esta oposición desapareció gradualmente del léxico (pese a que se la conservó en casos como biología y zoología, aunque ya no marque ninguna diferencia substancial). Un único término –cuya opacidad crece proporcionalmente a la sacralización de su referente- designa en su desnudez el presupuesto común que es siempre posible aislar en cualquiera de las innombrables formas de vida.

Contrariamente, por el término forma de vida entendemos una vida que nunca puede ser separada de su forma, una vida en la cual nunca es posible aislar una cosa tal como una vida desnuda.] 

dimanche 19 juillet 2009

"... je me réveille et me demande où je suis. Je me pose réellement cette question: "Où suis-je?" Question totalement inutile, car je connais la réponse depuis le début: je suis dans ma vie, voilà où je suis. Ma vie. Un appendice à ce sentiment d'existence réelle nommée "moi". "
Haruki Murakami, Danse, danse, danse, Paris, Seuil, 1995, p.7

Agnes Martin
Wood (1964)
Ink on paper - 27.7 x 27.7 cm

["... me despierto y me pregunto dónde estoy. Formulo realmente la pregunta: "¿Dónde estoy?" Pregunta absolutamente inútil, pues conozco la respuesta desde el principio: estoy en mi vida, es ahí donde estoy. Mi vida. Un apéndice de ese sentimiento de existencia real llamada "yo"."]

vendredi 17 juillet 2009

La solitude

Billie Holiday 

(Baltimore, 7 avril 1915 - New York, 17 juillet 1959)

In my solitude
You haunt me
With dreadful ease
Of days gone by

In my solitude
You taunt me
With memories
That never die

I sit in my chair
And filled with despair
There no one could be so sad
With gloom everywhere
I sit and I stare
I know that I'll soon go mad

In my solitude
I'm afraid
Dear lord above
Send back my love

Duke Ellington / Eddie Delange / Irving Mills

mercredi 8 juillet 2009

La (non)communication

"[Car] la communication est un acte, et, ce fait même, elle est surtout choix. À l'intérieur de l'univers signifiant à partir duquel elle opère, elle choisit chaque fois certaines significations et en exclut d'autres. La communication est donc l'exercice d'une certaine liberté, mais d'une liberté limitée. 
Les contraintes du discours sont de deux sortes. En prenant l'énoncé que l'on peut considérer comme l'acte de communication achevé, se suffisant à lui-même, on s'aperçoit que la liberté de sa formulation s'inscrit dans un réseau de contraintes apriorique. Il ne peut être conçu, en effet, que -comme le fait Hjelmslev- dans le cadr
e contraignant des catégories temporelles, aspectuelles, modales. [...]
D'un autre côté, le monde humain et "naturel" qui entoure le locuteur, et qui sert de cadre très général à l'intérieur duquel se réalisent les événements-messages, est relativement stable. La liberté de la communication est donc limitée par l'habitude, qui, sur le plan linguistique, s'exprime par la répétition. Aux situations données -et qui se répètent- correspondent des messages identiques ou comparables. En para
phrasant  la pensée de Lacan, on peut dire que deux sortes de folie guettent l'humanité: d'un côté, la schizophrénie, l'exaltation de la liberté totale dans la communication, et qui aboutit à la non-communication; de l'autre, la parole totalement socialisée, itérative, le "tu causes, tus causes, c'est tout ce que tu sais faire" de Queneau, et qui, elle aussi, est la négation de la communication, privée d'information."
Algirdas Julien Greimas, Sémantique structurale, Paris, PUF, 1986, p. 36 

Juan-Miguel Dothas
A n'en plus finir (2006)
Aquarelle sur papier - 16.6 x 11 cm

["[Pues] la comunicación es un acto, y por ello mismo es ante todo una elección. En el interior del universo significante a partir del cual ella opera, elige cada vez ciertas significaciones y excluye otras. La comunicación es, por lo tanto, el ejercicio de una cierta libertad, pero de una libertad limitada. 
Los avatares del discurso responden a dos órdenes. Al tomar al enunciado, al cual puede considerarse como el acto de la comunicación acabado, autosuficiente, se aprecia que la libertad de su formulación se inscribe en una red de avatares apriórica. En efecto, no puede ser concebido más que  -como lo hace Hjelmslev- dentro del marco problemático de las categorías temporales, aspectuales, modales. [...]
Por otra parte, el mundo humano y "natural" que rodea al locutor, y que sirve de marco muy general dentro del cual se realizan los hechos-mensajes, es relativamente estable. La libertad de la comunicación se encuentra entonces limitada por el hábito, el cual, sobre el plano lingüístico, se manifiesta a través de la repetición. A situtaciones dadas -y que se repiten- corresponden mensajes idénticos o comparables. Parafraseando el pensamiento de Lacan, puede decirse que dos clases de locura acechan a la humanidad: por un lado la esquizofrenia, la exaltación de la libertad total en la comunicación y que culmina en la no comunicación; por el otro la palabra totalmente socializada, iterativa, el "hablás, hablás, es todo lo que sabés hacer" de Queneau, y que, ella también, es la negación de la comunicación, privada de información."]

mardi 7 juillet 2009

Le dévoilement

"...un secreto develado pone en evidencia una verdad auténtica, lo que, a su vez, tiene consecuencias, edípicamente una tragedia o virtualmente un hallazgo anhelado y buscado. En el instante del develamiento el discurso cesa pero algo se desencadena en la revelación."
Noé Jitrik, Fantasmas semióticos: concentrados, México, FCE, 2007, p. 56

Tulio de Sagastizábal
Cruz del Sur Nº12 (2008)
Acrylique sur toile - 120 x 120 cm

["...un secret dévoilé met en évidence une vérité authentique, ce qui, à son tour, a des conséquences, œdipiennement une tragédie ou virtuellement une découverte aussi désirée que cherchée. L'instant du dévoilement le discours finit mais quelque chose se déclenche dans la révélation.]

dimanche 5 juillet 2009

Pina Bausch : A coffee with Pina - Un petit hommage

"Je ne m'intéresse pas à la façon dont les gens bougent, mais à ce qui les meut."
Pina Bausch

"No me interesa cómo se mueve la gente sino lo que las mueve".

lundi 29 juin 2009

L'inacceptable

"Le débat entre ceux qui affirment que l'univers a été crée par Dieu et ceux qui pensent qu'il est apparu tout seul concerne quelque chose qui dépasse notre entendement et notre expérience. Autrement réelle est la différence entre ceux qui doutent de l'être tel qu'il a été donné à l'homme (peu importe comment et par qui) et ceux qui y adhèrent sans réserve. 
Derrière toutes les croyances européennes, qu'elles soient religieuses ou politiques, il y a le premier chapitre de la Genèse, d'où il découle que le monde a été créé comme il fallait qu'il le fût, que l'être est bon et que c'est donc une bonne chose de procréer. Appelons cette croyance fondamentale accord catégorique avec l'être
Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par de pointillés, ce n'était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L'instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l'une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters!), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible. 
Il s'ensuit que l'accord catégorique avec l'être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n'existait pas. Cet idéal esthétique s'appelle le kitsch
C'est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et que s'est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l'utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir: le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable."

Milan Kundera, L'insoutenable légèrté de l'être, Paris, Gallimard, 1987, p. 356-357

Miguel Bosé 
Pedro Almodóvar - Tacones lejanos (1991)

[El debate entre los que afirman que el universo fue creado por Dios y aquellos que piensan que apareció por sí mismo, tiene que ver con algo que sobrepasa nuestro entendimiento y nuestra experiencia. Es también real la diferencia entre los que dudan del ser tal y como ha sido dado al hombre (poco importa cómo y por quién) y aquellos que adhieren a él sin reserva. 
Detrás de todas las creencias europeas, sean religiosas o políticas, existe el primer capítulo del Génesis, del cual resulta que el mundo fue creado como era necesario que fuera, que el ser es bueno y que, por lo tanto, la procreación es algo bueno. Llamemos a esta creencia fundamental acuerdo categórico con el ser
Si hasta hace poco aun, en los libros, la palabra mierda era reemplazada por una línea de puntos, no era por razones morales. ¡No vamos sin embargo a afirmar que la mierda es inmoral! El desacuerdo con la mierda es metafísico. El instante de la defecación es la pueba cotidiana del carácter inaceptable de la Creación. Una de dos: o bien la mierda es aceptable (¡entonces no se encierren con llave en el baño!), o bien el modo en el que fuimos creados es inadmisible. 
Consecuentemente el acuerdo categórico con el ser tiene como ideal estético un mundo en el que la mierda es negada y en el que todos se comportan como si ella no existiera. Ese ideal estético se llama kitsch
Es una palabra alemana que apareció a mediados del siglo XIX sentimental y que más tarde se extendió a todas las lenguas. Pero la utilización frecuente que se ha hecho de ella ha borrado su valor metafísico original, a saber: el kitsch por esencia es la negación absoluta de la mierda; tanto en el sentido literal como en el figurado: el kitsch excluye de su campo de visión todo aquello que la existencia humana tiene de esencialmente inaceptable.]

lundi 22 juin 2009

Le Feu Follet (1963)

lundi 15 juin 2009

Des raisons II

"J'ai senti venir la mort dans le miroir, dans mon regard dans le miroir, bien avant qu'elle y ait vraiment pris position. Est-ce que je jetais déjà cette mort par mon regard dans les yeux des autres? Je ne l'ai pas avoué à tous. Jusque-là, jusqu'au livre, je ne l'avais pas avoué à tous. Comme Muzil, j'aurais aimé avoir la force, l'orgueil insensé, la générosité aussi, de ne l'avouer à personne, pour laisser vivre les amitiés libres comme l'air et insouciantes et éternelles. Mais comment faire quand on est épuisé, et que la maladie arrive même à menacer l'amitié?"
Hervé Guibert, À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Paris, Gallimard, 1990, p.15

Matine Franck
Hervé Guibert (1987) 

"Sentí venir la muerte en el espejo, en mi mirada en el espejo, mucho antes de que haya realmente tomado posición. ¿Despedía ya esta muerte a través de mi mirada en los ojos de los demás? No se lo confesé a todos. Hasta ahora, hasta el libro, no se lo había confesado a todos. Al igual que Muzil me hubiera gustado tener la fuerza, el orgullo insensato, la generosidad también, de no confesárselo a nadie, para dejar vivir las amistades libres como el viento, despreocupadas, eternas. Pero ¿cómo hacer cuando se está agotado, cuando la enfermedad llega incluso a poner en riesgo la amistad?"

samedi 13 juin 2009

Des raisons

"Je puis seulement énumérer les raisons pour lesquelles j'imagine écrire: 
1. pour un besoin de plaisir, qui, on le sait bien, n'est pas sans rapport avec l'enchantement érotique;
2. parce que l'écriture décentre la parole, l'individu, la personne, accomplit un travail dont l'origine est indiscernable;
3. pour mettre en œuvre un "don", satisfaire une activité distinctive, opérer une différence;
4. pour être reconnu, gratifié, aimé, contesté, constaté;
5. pour remplir des tâches idéologiques ou contre-idéologiques;
6. pour obéir aux injonctions d'une idéologie secrète, d'une distribution combattante, d'une évaluation permanente;
7. pour satisfaire ses amis, irriter ses ennemis;
8. pour contribuer à fissurer le système symbolique de notre société;
9. pour produire des sens nouveaux, c'est-à-dire des forces nouvelles, s'emparer des choses d'une façon nouvelle, ébranler et changer la subjugation des sens;
10. enfin, [...] pour accréditer ainsi la valeur supérieure d'une activité pluraliste, sans causalité, finalité ni généralité, comme l'est le texte lui-même."

Roland Barthes, "Dix raisons d'écrire", Il Corriere della sera, 29 mai 1969, repris dans Œuvres complètes, éditées par É. Marty, tome II, Seuil, 1994, p. 541

Henri Cartier-Bresson
Roland Barthes (1963) 

"Solamente puedo enumerar las razones por las cuales creo escribir: 
1) por una necesidad de placer que, como es sabido, guarda relación con el encanto erótico; 
2) porque la escritura descentra el habla, el individuo, la persona, realiza un trabajo cuyo origen es indiscernible; 
3) para poner en práctica un "don", satisfacer una actividad distintiva, producir una diferencia; 
4) para ser reconocido, gratificado, amado, discutido, confirmado; 
5) para cumplir cometidos ideológicos o contra-ideológicos; 
6) para obedecer las órdenes terminantes de una tipología secreta, de una distribución combatiente, de una evaluación permanente; 
7) para satisfacer a amigos e irritar a enemigos; 
8) para contribuir a agrietar el sistema simbólico de nuestra sociedad; 
9) para producir sentidos nuevos, es decir, fuerzas nuevas, apoderarse de las cosas de una manera nueva, socavar y cambiar la subyugación de los sentidos; 
10) finalmente, y tal como resulta de la multiplicidad y la contradicción deliberadas de estas razones, para desbaratar la idea, el ídolo, el fetiche de la Determinación Única, de la Causa (causalidad y "causa noble"), y acreditar así el valor superior de una actividad pluralista, sin causalidad, finalidad ni generalidad, como lo es el texto mismo."

dimanche 7 juin 2009

La trace I

"Très vite dans ma vie il a été trop tard. [...]
L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne."

Marguerite Duras, L'amant, Paris, Minuit, 1984 p. 9-14

Amedeo Modigliani
Madame Zborowska, 1918
Oil on canvas. 64.5 x 46 cm

"Muy pronto en mi vida fue demasiado tarde. [...]
La historia de mi vida no existe. Eso no existe. Nunca hay centro. Ni camino, ni línea. Sólo grandes espacios en los que uno cree que había alguien, no es cierto, no había nadie."

lundi 1 juin 2009

Les signes I

"Combien il est difficile, dans chaque domaine, de renoncer à cette croyance à une réalité extérieure. Les signes sensibles nous tendent un piège, et nous invitent à chercher leur sens dans l'objet qui les porte ou les émet; si bien que la possibilité d'échec, le renoncement à interpréter, est comme le ver dans le fruit. Et même nous avons vaincu les illusions objectivistes dans la plupart des domaines, elles subsistent encore en Art, où nous continuons à croire qu'il faudrait savoir écouter, regarder, décrire, s'adresser à l'objet, le décomposer et le triturer pour en extraire une vérité." 
Gilles Deleuze, Proust et les signes, Paris, PUF, 1964, p. 43

Pierre Bonnard
Grande salle à manger sur le jardin (1934-1935)
Huile sur toile - 50 x 53 1/4 inch.

"Cuán difícil es, en cada dominio, renunciar a esa creencia en una realidad exterior. Los signos sensibles nos tienden una trampa y nos invitan a buscar su sentido en el objeto que los posee o los emite; tanto que la posibilidad del fracaso, la renuncia a interpretar, es como el gusano en la fruta. Y aún cuando hayamos vencido las ilusiones objetivistas en la mayoría de los dominios, ellas subsistirán todavía en el Arte, en el que seguimos creyendo que se debería saber escuchar, mirar, describir, dirigirse al objeto, descomponerlo y triturarlo para extraer de él una verdad."

jeudi 21 mai 2009

Le sentiment

« -Es curioso que uno no pueda estar sin encariñarse con algo… Es… como si la mente segregara sentimiento, sin parar…
-¿Vos crées?
-… lo mismo que el estómago segrega jugo para digerir.
-¿Te parece ?
-Sí, como una canilla mal cerrada. Y esas gotas van cayendo sobre cualquier cosa, no se las puede atajar.
-¿Por qué?
-Qué sé yo… porque están rebalsando ya el vaso que las contiene.”
Manuel Puig, El beso de la mujer araña, Buenos Aires, Planeta, 1993, p.41

Humberto Tortonese y Martín Urbaneja

«-C’est étrange qu’on ne puisse pas se passer de s’attacher à quelque chose… C’est… comme si la pensée sécrétait du sentiment, sans arrêt…
-Tu crois ?
-…comme l’estomac sécrète des sucs digestifs.
-Tu trouves ?
-Oui, comme un robinet mal fermé. Et ces gouttes tombent sur n’importe quoi ; on ne peut pas les attraper.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas… parce qu’elles débordent déjà du ver qui les contient. »

dimanche 17 mai 2009

Le temps et l'espace

"La séparation de l'espace et du temps est une convention purement technique ou scientifique et lorsqu'on dit que Moscou est situé à trois heures et demie de vol de Paris, on rend compte d'une réalité plus riche qu'en faisant allusion aux 2500 kilomètres qui les séparent. Réalité plus riche parce qu'elle englobe d'un coup toute un civilisation vécue, comme en 1880 on pouvait dire que Lyon était à cinq jours de Paris."

André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Paris, Albin Michel, 1965, p. 142

Gustavo Daniel Ríos (2001)  

"La separación del espacio y del tiempo es una convención puramente técnica o científica y cuando se dice que Moscú está situada a tres horas y media de vuelo de París, se da cuenta de una realidad más rica que al hacer alusión a los 2500 kilómetros que las separan. Realidad más rica porque engloba toda una civilización vivida, como en 1880 podía decirse que Lyon estaba a cinco días de París."

dimanche 10 mai 2009

L'ange bleu

Marlene Dietrich
Josef von Sternberg
Der blaue Engel (1929)

Falling in love again 
Never wanted to 
What am I to do? 
Can't help it 

Love's always been my game 
Play it how I may 
I was made that way 
Can't help it 

Men cluster to me like moths around a flame 
And if their wings burn, I know I'm not to blame 

F. Hollander & S. Lerner 

vendredi 8 mai 2009

L'espace

David Hockney
Pearblossom Highway
California, April 11 - 18, 1986
Chromogenic prints mounted on paper honeycomb panel
198 x 282 cm

"L'oeuvre - immense - de Bachelard, les descriptions des phénoménologues nous ont appris que nous ne vivons pas dans un espace homogène et vide, mais, au contraire, dans un espace qui est tout chargé de qualités, un espace, qui est peut-être aussi hanté de fantasme; l'espace de notre perception première, celui de nos rêveries, celui de nos passions détiennent en eux-mêmes des qualités qui sont comme intrinsèques; c'est un espace léger, éthéré, transparent, ou bien c'est un espace obscur, rocailleux, encombré : c'est un espace d'en haut, c'est un espace des cimes, ou c'est au contraire un espace d'en bas, un espace de la boue, c'est un espace qui peut être courant comme l'eau vive, c'est un espace qui peut être fixé, figé comme la pierre ou comme le cristal.
Cependant, ces analyses, bien que fondamentales pour la réflexion contemporaine, concernent surtout l'espace du dedans. C'est de l'espace du dehors que je voudrais parler maintenant.
L'espace dans lequel nous vivons, par lequel nous sommes attirés hors de nous-mêmes dans lequel, se déroule précisément l'érosion de notre vie, e notre temps et e notre histoire, cet espace qui nous ronge et nous ravine est en lui-même aussi un espace hétérogène. Autrement dit, nous ne vivons pas dans une sorte de vide, à l'intérieur duquel on pourrait situer des individus et des choses. Nous ne vivons pas à l'intérieur d'un vide qui se colorerait de différents chatoiements, nous vivons à l'intérieur d'un ensemble de relations qui définissent des emplacements irréductibles les uns aux autres et absolument non superposables."

Michel Foucault, Dits et écrits (1984), « Des espaces autres » (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), in Architecture, Mouvement, Continuité, n°5, octobre 1984, pp. 46-49.

David Hockney
La Place de Furstenberg
Paris, August 7,8,9, 1985
Photographic collage 88.9 x 80 cm

"La obra –inmensa– de Bachelard, las descripciones de los fenomenólogos nos han enseñado que no vivimos en un espacio homogéneo y vacío, sino, por el contrario, en un espacio que está cargado de cualidades, un espacio que tal vez esté también visitado por fantasmas; el espacio de nuestra primera percepción, el de nuestras ensoñaciones, el de nuestras pasiones guardan en sí mismos cualidades que son como intrínsecas; es un espacio liviano, etéreo, transparente, o bien un espacio oscuro, rocalloso, obstruido: es un espacio de arriba, es un espacio de las cimas, o es por el contrario un espacio de abajo, un espacio del barro, es un espacio que puede estar corriendo como el agua viva, es un espacio que puede estar fijo, detenido como la piedra o como el cristal.
Sin embargo, estos análisis, aunque fundamentales para la reflexión contemporánea, conciernen sobre todo al espacio del adentro. Es del espacio del afuera que quisiera hablar ahora.
El espacio en el que vivimos, que nos atrae hacia fuera de nosotros mismos, en el que se desarrolla precisamente la erosión de nuestra vida, de nuestro tiempo y de nuestra historia, este espacio que nos carcome y nos agrieta es en sí mismo también un espacio heterogéneo. Dicho de otra manera, no vivimos en una especie de vacío, en el interior del cual podrían situarse individuos y cosas. No vivimos en un vacío diversamente tornasolado, vivimos en un conjunto de relaciones que definen emplazamientos irreductibles los unos a los otros y que no deben superponerse."
(Traducción de Pablo Blitstein y Tadeo Lima)



mercredi 6 mai 2009

Le temps

« Alors le temps cessa d’exister. C’était comme si on avait effacé les chiffres d’un cadran, et le cadran lui-même pâlissait comme la lune au ciel en plein jour. Sans horloge (celle de la maisonnette ne fonctionnait plus), sans montre (il n’en avait jamais possédé), sans calendrier des bergers pendu au mur, le temps passait comme l’éclair ou durait toujours. Le soleil se levait, puis se couchait, à une place à peine autre que la veille, un peu plus tôt chaque soir, un peu plus tard chaque matin. L’aube et le crépuscule étaient les seuls événements qui comptaient. Entre eux, quelque chose coulait, qui n’était pas le temps, mais la vie. Les phases de la lune n’importaient plus, sauf que, quand elle était pleine, le sable la nuit brillait blanc. Il ne se souvenait plus bien des noms et des dessins des constellations, qu’il avait sus par cœur au temps où le pilote de la Téthys mettait le cap sur Aldébaran ou sur les Pléiades, mais peu importait : c’étaient de toute façon d’incompréhensibles feux qui brûlaient au ciel. Des nuages ou des bancs de brume en cachaient presque toujours une partie ; ou bien elles reparaissaient comme des amies perdues. Avant que la maladie, en s’aggravant, lui enlevât peu à peu la force d’aimer passionnément grand-chose, il continuait d’aimer passionnément la nuit. Elle semblait ici illimitée, toute-puissante : la nuit sur la mer prolongeait de tous côtés la nuit sur l’île. Parfois, sorti de la maison, dans le noir, où l’on n’apercevait indistinctement que la masse molle des dunes et, dans l’entrebâillement, le blanc moutonnement de la mer, il enlevait ses vêtements, et se laissait pénétrer par cette noirceur et ce vent presque tiède. Il n’était alors qu’une chose parmi les choses. Il n’aurait su dire pourquoi, ce contact de sa peau avec l’obscurité l’émouvait comme autrefois l’amour. À d’autres moments, le vide nocturne était terrible. »
Marguerite Yourcenar, Un homme obscur, Paris, Gallimard, 1982, p.163-164


Roberto Aizenberg
Torre (1975-1989)
Huile sur toile - 60 x 34 cm.

"Entonces el tiempo dejó de existir. Era como si se hubieran borrado las cifras de un cuadrante, y el cuadrante mismo palideciera como la luna en el cielo en pleno día. Sin reloj de pared (el de la casita no funcionaba más), sin reloj pulsera (nunca había tenido uno), sin calendario de los pastores colgado en la pared, el tiempo pasaba como un destello o duraba para siempre. El sol se levantaba para luego ponerse, en un sitio apenas distinto del anterior, un poco más tarde cada mañana. El alba y el crepúsculo eran los únicos hechos que contaban. Entre ellos, algo pasaba, que no era el tiempo, sino la vida. Las fases de la luna no importaban más, salvo que, cuando era luna llena, la arena la noche brillaba blanca. Ya no se acordaba bien de los nombres y de los dibujos de las constelaciones, que alguna vez había conocido de memoria en el tiempo en que el piloto de la Téthys hacía rumbo hacia Aldebarán o hacia las Pléyades, aunque poco importaba: de todas maneras eran fuegos incomprensibles que brillaban en el cielo. Nubes o bancos de bruma escondían casi siempre una parte; o bien reaparecían como amigas perdidas. Antes de que la enfermedad, al agravarse, le quitara poco a poco la fuerza de amar apasionadamente algo, continuaba amando apasionadamente la noche. Parecía ilimitada aquí, poderosa: la noche sobre el mar prolongaba por todas partes la noche sobre la isla. A veces, al salir de la casa, en la oscuridad, no percibiendo indistintamente otra cosa más que la masa blanda de las dunas y, al entornar los ojos, el cabrilleo del mar, se quitaba la ropa y se dejaba penetrar por esa negrura y ese viento casi tibio. Entonces no era más que una cosa entre las cosas. No hubiera sabido decir por qué ese contacto de su piel con la oscuridad lo emocionaba como alguna vez lo había emocionado el amor. En otros momentos, el vacío nocturno era terrible."

mercredi 29 avril 2009

Pygmalion


Paul Delvaux
Pygmalion (1939)
Huile sur toile - 117 x 147.5 cm

"Cet été les roses sont bleues; le bois c'est du verre. La terre drapée dans sa verdure me fait aussi peu d'effet qu'un revenant. C'est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L'existence est ailleurs."
André Breton, Manifeste du surréalisme, Paris, Gallimard, ([1924] 1962; 1979), p. 60 

"Este verano las rosas son azules; la madera es vidrio. La tierra arropada en su verdor me causa tan poco efecto como un aparecido. Es vivir y dejar de vivir, las cuales son soluciones imaginarias. La existencia está en otra parte."

mardi 28 avril 2009

Volodia (II)

Jason Rodgers
Charly

"Volodia avait trompé le temps jusqu'à l'extrême limite, attendant le dernier jour que nous passions ensemble pour réaliser ce à quoi il souhaitait que je renonce, se donnant ainsi tout le temps de ne pas faire ce qu'il voulait n'avoir jamais désiré."
Gilles Leroy, L'amant russe, Paris, Mercure de France, 2002, p. 133

"Volodia se había burlado del tiempo hasta el extremo límite, esperando hasta el último día que pasábamos juntos para concretar eso a lo que él deseaba que yo renunciara, dándose así todo el tiempo de no llevar a cabo lo que hubiera preferido no haber deseado jamás."

samedi 25 avril 2009

Le désespoir


Jean (Hans) Arp
Configuration (1951)
Litographie - 56.8 x 38 cm

"Ce soir, nous sommes deux devant ce fleuve qui déborde notre désespoir. Nous ne pouvons même plus penser. Les paroles s'échappent de nos bouches tordues, et, lorsque nous rions, les passants se retournent, effrayés, et rentrent chez eux précipitamment."
André Breton/Philippe Soupault, "La glace sans tain" dans Les champs magnetiques, Heidelberg, Wunderhorn, 1990, p. 10

"Esta noche, somos dos frente a este río que desborda nuestra desesperación. No podemos siquiera pensar. Las palabras se escapan de nuestras bocas retorcidas y, mientras reimos, los transeúntes se dan vuelta, sorprendidos, y corren a sus casas precipitadamente."

vendredi 24 avril 2009

L'allégresse

Marie Laurencin
Portrait de Juliette Roche Gleizes (Ca. 1917-1918)
Huile sur carton - 58.5 x 46 cm
"Tout ce qui jusqu’ici composait l’originalité, la délicatesse des arts féminins dans la dentelle, la broderie, la tapisserie de Bayeux, etc., nous les retrouvons ici transfiguré, purifié. L’art féminin est devenu un art majeur et on ne le confondra plus avec l’art masculin. L’art féminin est fait de bravoure, de courtoisie, d’allégresse. Il danse dans la lumière et s’alanguit dans le souvenir. Il n’a jamais connu l’imitation, il n’est jamais descendu aux bassesses de la perspective. C’est un art heureux.
[…] L’art féminin, l’art de Mlle. Laurencin, tend à devenir une pure arabesque humaniste par l’observation attentive de la nature et qui, étant expressive, s’éloigne de la simple décoration tout en demeurant aussi agréable."
Guillaume Apollinaire, « Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes. Peintres nouveaux » dans Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, 1991, p.34-39
"Todo lo que hasta aquí formaba parte de la originalidad, la delicadeza de las artes femeninas en el encaje, el bordado, la tapicería de Bayeux, etc., lo encontramos aquí transfigurado, purificado. El arte femenino se ha convertido en un arte mayor y ya no se lo confundirá con el arte masculino. El arte femenino está hecho de bravura, de cortesía, de alegría. Baila en la luz y perdura en el recuerdo. Nunca conoció la imitación, ni descendió jamás a las bajezas de la perspectiva. Es un arte feliz.
[...]
El arte femenino, el arte de Mlle. Laurencin, tiende a volverse un arabesco humanista puro por la observación atenta de la naturaleza, la cual, aún expresiva, se aparta de la simple decoración resultando también agradable. "

mardi 21 avril 2009

L'apparence

Emil Nolde
Still Life, Tulips, (Ca.1930)
Watercolor on paper - 46.9 x 34.2 cm

"Les grands poètes et les grands artistes ont pour fonction sociale de renouveler sans cesse l'apparence que revêt la nature aux yeux des hommes.
Sans les poètes, sans les artistes les hommes s'ennuieraient vite de la monotonie naturelle. L'idée sublime qu'ils ont de l'univers retomberait avec une vitesse vertigineuse."

Guillaume Apollinaire, "Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes. Sur la peinture" dans OEuvres en prose complètes II, Paris, Gallimard, 1991, p. 12

"Los grandes poetas y los grandes artistas tienen como función social renovar sin cesar la apariencia que reviste la naturaleza ante los ojos de los hombres.
Sin los poetas, sin los artistas los hombres se aburrirían rápidamente de la monotonía natural. La idea sublime que tienen del universo caería con una rapidez vertiginosa."

lundi 20 avril 2009

La constellation

Oil and tempera on canvas - 17 1/8 x 17 1/8 inches

"L'art ne reproduit pas le visible; il rend visible. Et le domaine graphique, de par sa nature même, pousse à bon droit aisément à l'abstraction."
Paul Klee, "Credo du créateur" dans Théorie de l'Art Moderne

"El arte no reproduce lo visible; vuelve visible. Y el dominio gráfico, por su misma naturaleza, empuja fácilmente y con razón hacia la abstracción."
Paul Klee, "Credo del creador" en Teoría del arte moderno, Buenos Aires, Cactus, 2007, p. 35


Paul Klee
Arches of the Bridge Break Ranks (1937)
Charcoal on cloth, mounted on paper
Cloth: 16 3/4 x 16 1/2 inches; paper: 19 5/8 x 18 3/8 inches

jeudi 16 avril 2009

Le désir (II)


Anouk Aimée
Claude Lelouch - Un homme et une femme (1966) 

«Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs.»
André Bazin
"El cine pone frente a nuestros ojos un mundo acorde con nuestros deseos."

Jean-Louis Trintignant
Claude Lelouch - Un homme et une femme (1966) 

mardi 14 avril 2009

Le poète et sa muse

Henri Rousseau
La muse inspirant le poète (1909)
(Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire)
Huile sur toile - 146 x 97 cm

"Comme peintre de portraits, Rousseau est incomparable. [...] J'ai eu deux fois l'honneur d'être peint par Rousseau, dans son petit atelier de la rue Perrel, je l'ai vu souvent travailler et je sais quel souci il avait de tous les détails, quelle faculté il avait de garder la conception primitive et définitive de son tableau jusqu'à ce qu'il l'eût achevé et aussi qu'il n'abandonnait rien au hasard et rien sourtout de l'essentiel."

Guillaume Apollinaire, Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes. Peintres nouveaux dans OEuvres en prose complètes II, Paris, Gallimard 1991, p. 37


"Como pintor de retratos, Rousseau es incomparable. [...] He tenido dos veces el honor de ser pintado por Rousseau en su pequeño taller de la calle Perrel; lo he visto trabajar a menudo y sé cuánto celo ponía en todos los detalles, cuán grande era su capacidad para mantener la concepción primitiva y definitiva de su obra hasta haberla terminado; no dejaba nada librado al azar, nada de lo esencial sobre todo."

dimanche 12 avril 2009

Le retour


Aurélie Nemours
Retour
Gouache sur papier - 37,7 x 35,8 cm

"Les pleures la réveillent. Elle vous regarde. Elle regarde la chambre. Et de nouveau elle vous regarde. Elle caresse votre main. Elle demande: Vous pleurez pourquoi? Vous dites que c'est à elle de dire pourquoi vous pleurez, que c'est elle qui devrait le savoir.
Elle répond tout bas, dans la douceur: Parce que vous n'aimez pas. Vous répondez que c'est ça.
Elle vous demande de le lui dire clairement. Vous le lui dites: Je n'aime pas.
Elle dit: Jamais?
Vous dites: Jamais.
Elle dit: L'envie d'être au bord de tuer un amant, de le garder pour vous, pour vous seul, de le prendre, de le voler contre toutes les lois, contre tous les empires de la morale, vous ne la connaissez pas, vous ne l'avez jamais connue?
Vous dites: Jamais.
Elle vous regarde, elle répète: C'est curieux un mort."
Marguerite Duras, La maladie de la mort, Paris, Minuit, 1982, p. 44-45

samedi 11 avril 2009

Les changements


Gustave Caillebotte
Nasturces (1892)

"[...] "On dirait que le temps a changé". Ces mots me remplirent de joie, comme si la vie profonde, le surgissement de combinaisons différentes qu'ils impliquaient dans la nature, devait annoncer d'autres changements, ceux-là se produisant dans ma vie, et y créer de possibilités nouvelles. Rien qu'en ouvrant la porte sur le parc avant de partir, on sentait qu'un autre "temps" occupait depuis un instant la scène; des souffles frais, volupté estivale, s'élevaient dans la sapinière (où jadis Mme de Cambremer rêvait de Chopin) et presque imperceptiblement, en méandres caressants, en remous capricieux, commençaient leurs légers nocturnes."  
Marcel Proust, Sodome et Gomorre, Paris, Gallimard, 1988, p. 365

samedi 4 avril 2009

Le désir (I)


Jacques-Emile Blanche 
Portrait de Marcel Proust (1892)
Huile sur toile - 73.5 x 60,5 cm

"Notre moindre désir bien qu'unique comme un accord, admet en lui les notes fondamentales sur lesquelles toute notre vie est construite. Et parfois si nous supprimions l'une d'elles, que nous n'entendons pas pourtant, dont nous n'avons pas conscience, qui ne se rattache en rien à l'objet que nous poursuivons, nous verrions pourtant tout notre désir de cet objet s'évanouir". 
Marcel Proust, Albertine disparue, Paris, Gallimard, 1992, p. 207

jeudi 2 avril 2009

Le matin

Un matin à Ouchy

"Le matin est mon séjour. Il s'y trouve pour moi une tristesse sobre et transparente. J'ai presque froid et encore chaud des chaleurs du lit. Je suis toujours à ce point de la journée à demi percé quant au coeur de je ne sais quel trait qui me ferait venir des larmes sans cause -à demi fou de lucidité sans objet- et d'une froide et implacable tension de compréhension. [...] Le matin agit et pousse ses pensées dans le temps vierge."

Paul Valéry, Cahiers I, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1973, p. 110-111

mardi 31 mars 2009

Rubans

Andrés Sobrino
Cintas (2003)


Je sens des boums et des bangs
Agiter mon coeur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
À pleurer les larmes dingues
D'un corps que je t'avais donné
Serge Gainsbourg

vendredi 27 mars 2009

L'espérance

Puvis de Chavannes
L'espérance (1872)
Huile sur toile - 82 cm x 71 cm
Musée d'Orsay

Circonspection

Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous
Sous cet arbre géant où vient mourir la brise
En soupirs inégaux sous la ramure grise
Que caresse le clair de lune blême et doux.

Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.
Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guise
Le bonheur qui s'enfuit et l'amour qui s'épuise,
Et nos cheveux frôlés par l'aile des hiboux.

Oublions d'espérer. Discrète et contenue,
Que l'âme de chacun de nous deux continue
Ce calme et cette mort sereine du soleil.

Restons silencieux parmi la paix nocturne :
Il n'est pas bon d'aller troubler dans son sommeil
La nature, ce dieu féroce et taciturne.

Paul Verlaine

mardi 24 mars 2009

J'ai été tagué




Et en même temps gâté, flatté. Car j'apprécie cette preuve de sympathie qui, en outre, me fait savoir que vous lisez régulièrement mon blog. Cependant, je ne suis pas le meilleur pour cette habitude du tag. La plupart du temps j'ai du mal à trouver le bon moment pour m'en occuper.
De toutes façons, en vous remerciant et pour vous faire plaisir, voilà mon devoir accompli.
St Loup

samedi 21 mars 2009

L'automne

Paris, Musée de la Vie Romantique

"Puis l'automne arriva. À ce moment-là, mon cœur avait trouvé l'apaisement. J'étais finalement parvenu à cette conclusion: il m'était impossible de continuer à vivre comme ça."
Haruki Murakami, Au sud de la frontière à l'ouest du soleil, Paris, Éditions 10/18, 2002, p. 165

vendredi 20 mars 2009

Le dernier jour


Tomás Fracchia
Huile sur Toile (2003)


Comme une pierre que l'on jette
Dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle
Des milliers de ronds dans l'eau
Comme un manège de lune
Avec ses chevaux d'étoiles
Comme un anneau de Saturne
Un ballon de carnaval
Comme le chemin de ronde
Que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde
D'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cœur

Comme un écheveau de laine
Entre les mains d'un enfant
Ou les mots d'une rengaine
Pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige
Comme un vol de goélands
Sur des forêts de Norvège
Sur des moutons d'océan
Comme le chemin de ronde
Que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde
D'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cœur

Ce jour-là près de la source
Dieu sait ce que tu m'as dit
Mais l'été finit sa course
L'oiseau tomba de son nid
Et voila que sur le sable
Nos pas s'effacent déjà
Et je suis seul à la table
Qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure
Sous les gouttes de la pluie
omme les chansons qui meurent
Aussitôt qu'on les oublie
Et les feuilles de l'automne
Rencontre des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne
La couleur de tes cheveux

Une pierre que l'on jette
Dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle
Des milliers de ronds dans l'eau
Au vent des quatre saisons
Tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cœur

Michel Legrand, Les moulins de mon coeur

jeudi 19 mars 2009

La vérité - II

Pierre-Cécile Puvis de Chavannes
Décollation de Saint Jean-Baptiste (1869)
Huile sur toile - 240 x 316.2 cm.

"La vérité, ça peut couper les mains et laisser des entailles à ne plus pouvoir vivre avec, et la plupart d'entre nous, ce qu'on veut, c'est vivre. Le moins douloureusement possible. C'est humain."

Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck, Paris, Stock, 2007, p. 12

mercredi 18 mars 2009

L'inspiration


Constant Montald
La fontaine de l'inspiration (1907)
Huile sur toile - 393 x 490 cm
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

"Pour certains faits, on détient la preuve tangible qu'ils ont eu lieu. Notre mémoire et nos impressions sont trop incertaines, trop générales pour prouver à elles seules leur réalité. Jusqu'où des faits que nous tenons pour certains le sont-ils? À partir d'où deviennent-ils seulement des faits que nous tenons pour "réels"? Dans la plupart des cas, il est impossible de faire la différence. Pour nous assurer que ce que nous considérons comme la réalité l'est bien, nous avons besoin d'une autre réalité qui nous permette de relativiser et qui, elle-même, a besoin d'une autre réalité pour lui servir de base. Et ainsi de suite, jusqu'à créer dans notre conscience une chaîne qui se poursuit indéfiniment. Il n'est sans doute pas exagéré de dire que c'est dans le maintien de cette chaîne que nous puisons le sentiment de notre existence réelle. Mais que chette chaîne vienne à être brisée, et immédiatement nous sommes perdus. La véritable réalité est-elle du côté du chaînon brisé, ou du côté où la chaîne se poursuit?"

Haruki Murakami, Au sud de la frontière à l'ouest du soleil, Paris, Éditions 10/18, 2002, p. 211

lundi 16 mars 2009

Te rencontrer sans te chercher

Paul Klee
Nouvelle harmonie (1936)
93,6 x 66,3 cm
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Le paysage se complète, sang aux joues,
Les masses diminuent et coulent dans mon coeur
Avec le sommeil.
Et qui donc veut me prendre le coeur.

..............................................................

Comment prendre plaisir à tout ?
Plutôt tout effacer.
L’homme de tous les mouvements,
De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes
Dort. Il dort, il dort, il dort.
Il raye de ses soupirs la nuit miniscule, invisible.

Il n’a ni froid, ni chaud.
Son prisonnier s’est évadé — pour dormir.
Il n’est pas mort, il dort.
Quand il s’est endormi
Tout l’étonnait,
Il jouait avec ardeur,
Il regardait,
Il entendait.
Sa dernière parole :
« Si c’était à recommencer, je te rencontrerais sans te chercher. »

Il dort, il dort, il dort.
L’aube a eu beau lever la tête,
Il dort.

Paul Éluard, Au coeur de mon amour

mercredi 11 mars 2009

Saint-Sulpice

Jean-Hugues Anglade
Patrice Chéreau, L'Homme blessé (1983)

"Que les résolutions humaines soient sujettes à changer, c'est ce qui ne m'a jamais causé d'étonnement; une passion les fait naître, une autre passion peut les détruire; mais quand je pense à la sainteté de celles qui m'avaient conduit à Saint-Sulpice et à la joie intérieure que le Ciel m'y faisait goûter en les exécutant, je suis effrayé de la facilité avec laquelle j'ai pu les rompre. S'il est vrai que les secours célestes sont à tous moments d'une force égale à celle des passions, qu'on m'explique donc par quel funeste ascendant on se trouve emporté tout d'un coup loin de son devoir, sans se trouver capable de la moindre résistance, et sans ressentir le moindre remords."
Abbé Prévost, Manon Lescaut, Paris, Librairie Générale Française, 1972, p. 39

mardi 10 mars 2009

La vérité

François Morellet
3 Doubles trames (1975)

"La vérité est un moyen. Il n'est pas le seul."
Paul Valéry, Mélange

vendredi 6 mars 2009

Sang diû

Chen Lian Xing 
Little Town (2000)
Watercolor
Red Lantern Folk Art, Mukashi Collection

"Le vieil homme pense à tout cela. Assis sur ce banc qui est devenu, en l'espace de deux jours seulement, un petit endroit familier, un morceau de bois flotté auquel il se serait accroché au beau milieu d'un large torrent, tourbillonnant et bizarre. Et il tient au chaud contre lui la dernière branche de ce rameau, qui pour l'instant dort de son sommeil sans peur, sans mélancolie ni tristesse, de ce sommeil de nourrisson repu, heureux de trouver la chaleur de la peau aimée, son onctuosité tiède et la caresse d'une voix aimante."

Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh, Paris, Stock, 2005, p. 46

jeudi 5 mars 2009

Milk

Sean Penn
Gus Van Sant - Milk (2008)

Without hope, life's not worth living.
Harvey Milk

James Franco
Gus Van Sant - Milk (2008)

Sans espoir, la vie ne vaut pas la peine.

dimanche 1 mars 2009

Psyché


François Pascal Simon Gérard
Psyché et l'Amour (1798)
Huile sur toile - 186 x 132 cm

"Pourtant, depuis que Shimamoto-san avait disparu, j'avais l'impression de vivre sur la lune, privé d'oxygène. Sans Shimamoto-san je n'avais plus un seul lieu au monde où ouvrir mon cœur. Pendant mes nuits d'insomnie, allongé dans mon lit, immobile, je pensais encore et encore à l'aéroport de Komatsu sous la neige. Ce serait bien si les souvenirs finissaient par s'user à force de les voir et les revoir, me disais-je. Mais celui-là ne s'effaçait pas, loin de là."
Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Paris, Éditions 10/18, 2002,  p. 164

jeudi 26 février 2009

La vie


Giorgio de Chirico
Le cerveau de l'enfant (1914) 

"La vie ne serait-elle qu'un immense mensonge? Ne serait-elle que l'ombre d'un rêve fuyant? Ne serait-elle que l'écho des coups mystérieux frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne paraît-il n'a vu le versant opposé."
Giorgio de Chirico, Manuscrit

mercredi 25 février 2009

L'amour


"Je ne tiens qu'aux choses qui me viennent des êtres que j'ai aimés
et qui ne sont plus."
Georges Sand

mardi 24 février 2009

Pretend

"Nat King Cole chantait Pretend. Bien sûr, le sens des paroles en anglais m'échappait totalement; pour moi, ce n'était qu'une sorte d'incantation, mais j'aimais cette chanson, et je l'avais déjà écoutée tant de fois que je pouvais répéter de mémoire les paroles du début:

Julie Delpy et Ethan Hawke - Before sunset (2004)

Pretend that you're happy when you're blue
it isn't very hard to do...

Julie Delpy et Ethan Hawke - Before sunrise (1995)

Aujourd'hui, naturellement, je sais que cela veut dire: "Faire semblant d'être heureux quand on a le cafard, ce n'est pas très compliqué." Évidemment, c'est une façon comme une autre de voir la vie, mais c'est parfois très difficile."

Shakespeare & Co. - Paris

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Paris, Éditions 10/18, 2002, p. 15-16

lundi 23 février 2009

François


François Bégaudeau
Laurent Cantet, Entre les murs (2008)


"Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par de gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse."
François Bégadeau, Entre les murs


dimanche 22 février 2009

Shimamoto-san


Rinko Kinkuchi
Alejandro González Iñárritu, Babel

"Cependant, même après avoir cessé de lui rendre visite, je continuai de penser à elle avec nostalgie. Au cours de cette période triste et confuse appelée adolescence, le souvenir chaleureux de Shimamoto-san m'encouragea souvent, me consola aussi parfois. Longtemps, elle tint une place à part dans mon cœur. Une place laissée libre uniquement pour elle, comme un table tranquille au fond d'un restaurant avec un carton "Réservé" posé dessus. Pourtant je croyais alors ne jamais la revoir."
Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Paris, Éditions 10/18, 2002, p. 20-21

samedi 21 février 2009

Fée


Gustave Moreau
Fée aux griffons (vers 1876)
Huile sur toile - 212 x 120 cm 

"La beauté, l'amour, c'est là que j'en ai eu la révélation à travers quelques visages, quelques poses de femme. [...] J'ai toujours rêvé d'y entrer la nuit par effraction, avec une lanterne surprendre la fée aux griffons dans l'ombre."
André Breton. 

jeudi 12 février 2009

Pio

Pio (1999)

"Puis des souvenirs me reviennent. Ne vous effrayez pas : je ne décrirai rien ; je ne vous dirai pas les noms ; j’ai même oublié les noms, ou ne les ai jamais su. Je revois la courbe particulière d’une nuque, d’une bouche ou d’une paupière, certains visages aimés pour leur tristesse, le pli de lassitude qui abaissait leurs lèvres, ou même ce je ne sais quoi d’ingénu qu’a la perversité d’un être jeune, ignorant et rieur ; tout ce qui affleure d’âme à la surface d’un corps."

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, Paris, Gallimard, 1971, p. 70-71

mardi 10 février 2009

Susana


Roberto Aizenberg
Pintura (1981)
oil on canvas laid on wood
90 x 60 cm


"Hay pueblos que saben a desdicha. Se les conoce con sorber un poco de su aire viejo y entumido, pobre y flaco como todo lo viejo. Éste es uno de esos pueblos, Susana."


Juan Rulfo, Pedro Páramo, Barcelona, R M Verlag, [1955] 2005, p. 88


"Il y a des villages qui ont un goût de malheur. Pour les reconnaître il suffit d'humer un peu de leur air. Un air vieux et timide, pauvre et maigre comme tout ce qui est vieux. Comala est un de ces villages-là, Susana."

lundi 9 février 2009

Comala

Georges Rohner
Le village
Huile sur toile - 60 x 81 cm

"Oía de vez en cuando el sonido de las palabras, y notaba la diferencia. Porque las palabras que había oído hasta entonces, hasta entonces lo supe, no tenían ningún sonido, no sonaban; se sentían; pero sin sonido, como las que se oyen durante los sueños."

Juan Rulfo, Pedro Páramo, Barcelona, R M Verlag, [1955] 2005, p. 51

"De temps en temps j'entendais le son des mots, et je voyais la différence. Parce que les mots que j'avais entendus jusqu'à alors, alors je l'ai appris, n'avaient pas de son, ils ne sonnaient pas; on les sentait; mais sans son, comme les mots qu'on entend dans les rêves."

samedi 7 février 2009

La robe noire

Alex Katz
The black dress (1960)

"En robe noire comme toujours, parce qu'elle croyait qu'en noir on est toujours bien et que c'est qu'il y a de plus distingué, elle avait le visage excessivement rouge comme chaque fois qu'elle venait de manger. Elle s'inclina devant Swann avec respect, mais se redressa avec majesté. Comme elle n'avait aucune instruction et avait peur de faire des fautes de français elle prononçait exprès d'une manière confuse, pensant que si elle lâchait un cuir il serait estompé d'un tel vague qu'on ne pourrait le distinguer avec certitude, de sorte que sa conversation n'était qu'un graillonnement indistinct duquel émergeaient de temps à autre les rares vocables dont elle se sentait sûre. Swann crut pouvoir se moquer légèrement d'elle en parlant à M. Verdurin, lequel au contraire fut piqué."
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Gallimard, 1987, p. 201 

mercredi 4 février 2009

L'heure exquise

Jean-Baptiste-Siméon Chardin
Basket of Wild Strawberries (1761)
Oil on canvas - 38 x 46 cm

Leurre exquis...
Or, tout était truqué. Du plâtre en la farine
Dans le sel, de la terre, et, dans le pain, de tout.
Du poisson daans le vin, puis, pour couper la toux
Des pastilles de miel en pure saccharine.

De vieux pneus en lambeaux tassés dans des terrines
Deviennent tripes. Mais les restaurants surtout
Avec des bas morceaux font des plats de haut goût
Dont le prix approche le goût, on le devine.

Boris Vian

vendredi 30 janvier 2009

Nana


John Currin
Rachel and Butterflies (1999)
Oil on canvas - 68 x 38 inches


""N'est-ce pas? disait Satin, c'est très bon, leur fricot."
Nana hochait la tête, satisfaite. C'était l'ancien dîner solide d'un hôtel de province: vol-au-vent à la financière, poule au riz, haricots au jus, crème à la vanille glacée de caramel. Ces dames tombaient particulièrement sur la poule au riz, éclatant dans leurs corsages, s'essuyant les lèvres d'une main lente. D'abord, Nana avait eu peur de rencontrer d'anciennes amies qui lui auraient fait des questions bêtes; mais elle se tranquillisa, elle n'apercevait aucune figure de connaissance, parmi cette foule très mélangée, où des robes déteintes, des chapeaux lamentables s'étalaient à côté de toilettes riches dans la fraternité des mêmes perversions. Un instant elle fut intéressée par un jeune homme, aux cheveux courts et bouclés, le visage insolent, tenant en haleine, pendue à ses moindres caprices, toute une table de filles, qui crevaient de graisse. Mais, comme le jeune homme riait, sa poitrine se gonfla. 
"Tiens, c'est une femme!" laissa-t-elle échapper dans un léger cri. 
Satin, qui se bourrait de poule, leva la tête en murmurant: 
"Ah! oui, je la connais... Très chic! On se l'arrache."
Nana fit une moue dégoûtée. Elle ne comprenait pas encore ça. Pourtant, elle disait, de sa voix raisonnable, que des goûts et des couleurs il ne fallait pas disputer, car on ne savait jamais ce qu'on pourrait aimer un jour. Aussi mangeait-elle sa crème d'un air de philosophie, en s'apercevant parfaitement que Satin révolutionnait les tables voisines, avec ses grands yeux bleus de vierge."
Émile Zola, Nana, Paris, Gallimard, 1977, p. 260-261

jeudi 29 janvier 2009

"Je n'aime le ciel qu'habité de nuages"

Yuko Shiraishi
Flux (7) (2004)
Oil on canvas - 137 x 122 cm

"Les planeurs. À Romain. Couchés, toi et moi. La colline est de craie. Couché, toi à côté de moi, je guette le ciel, et les planeurs. Ils surgiront là. À la crête de craie, là où le ciel bascule, limite. Il en surgira un, puis deux. Et trois. Tu me serreras la main. Ce rêve, je l'ai fait hier. Je te l'écris au futur. Le présent des planeurs nous est interdit."
Yves Navarre, Le jardin d'acclimatation, Paris, Flammarion, 1980, p. 194

mardi 27 janvier 2009




Elizabeth Peyton
Craig (1998)
Watercolor on paper
34,3 x 27,9 cm


"Ils se retrouvaient dans la même petite chambre, tremblants, ils sombraient dans le noir, ils n'avaient presque pas le temps de se parler. Ils ne savaient rien l'un de l'autre, mais leurs corps se reconnaissaient avec tant de ferveur, de piété, un tel sentiment d'absolu que leur mémoire se décrocherait sous la force de l'instant et qu'ils cherchaient désespérément et vainement l'un l'autre, après s'être qittés, un souvenir précis, un des mots chuchotés dans l'obscurité, un geste. Il se quittaient toujours comme deux somnambules, presque distraits et c'était seulement deux heures plus tard qu'ils recommençaient à attendre, comme le seul point vivant de leur vie, la seule réalité, le moment où ils se retrouveraient. Tout le reste était mort. Seule cette attente les maintenait au courant de l'heure, du temps, des autres, parce qu'elle les transformait en obstacle."

Françoise Sagan, La Chamade, Paris, Juillard, 1965, p. 55-56

lundi 26 janvier 2009

农历新年

La nouvelle année chinoise du BOEUF de TERRE commence aujourd'hui, le 26 janvier 2009. Le Nouvel An chinois 农历新年 (nónglì xīnnián) aussi appelé Fête du printemps ou Fête du Têt au Vietnam est la fête la plus importante pour les communautés chinoises à travers le monde entier. Le terme nónglì xīnnián signifie littéralement "nouvel an du calendrier agricole" car il se célèbre suivant le calendrier chinois qui est à la fois lunaire et solaire.


Le Bœuf ou Buffle est le deuxième Animal dans l'ordre d'arrivée qui apparaît dans le zodiaque chinois, lié au calendrier chinois. Le Boeuf sait très tôt ce que sera sa vie, au sommet. Le Boeuf a un caractère qui varie mais garde toujours une expression claire, il est souvent à la base de travaux qui concernent la fondation des relations sociales. Le Boeuf est convaincu de son bon droit et ne s'embarrasse pas des obstacles qu'il trouve parfois sur son chemin. Intelligent, ambitieux, prudent, patient, déterminé, voire têtu, le Buffle est un être puissant. Son approche est souvent lente, mais le Buffle est capable de grandes réalisations. Il a également beaucoup d'endurance. Introverti et sérieux, il ne semble pas se préoccuper de ce que les autres pensent de lui. Aussi, il regrette de ne pas entrer facilement en communication avec son entourage. En tant qu’ami, le Buffle est un allié fidèle et protecteur.

dimanche 25 janvier 2009

Moby - Why Does My Heart Feel So Bad

vendredi 23 janvier 2009

Claire

Alex Katz
Lita (1964)
Oil on canvas - 60 x 60 inches
"C'est une femme longue, sèche, vigoureuse, une de ces femmes blondes qui pourraient aussi bien être brunes. Elle avait un peu plus de cinquante ans, ne les paraissait pas et elle parlait gaiement de l'amour en femme que ça n'intéresse plus mais qui en garde de bons souvenirs. En conséquence, les femmes l'aimaient bien et les hommes lui faisaient une cour égrillarde avec de grands rires. Elle faisait partie de cette vaillante petite cohorte de femmes quinquagénaires qui, à Paris, se débrouillent, et pour vivre et pour rester à la mode -parfois même pour la faire. Claire Santré avait toujours, dans ses dîners mondains, un ou deux Américains, un ou deux Vénézuéliens dont elle prévenait à l'avance qu'ils n'étaient pas drôles mais qu'elle était en affaires avec eux. Ils dînaient chez elle près d'une femme à la mode, suivaient difficilement une conversation faite d'énigmes, d'ellipses et de plaisanteries incompréhensibles dont on pouvait espérer qu'il feraient au retour, un joyeux récit à Caracas. Moyennant quoi, Claire avait l'exclusivité des tissus vénézuéliens en France ou le contraire et ses réceptions ne manquaient du whisky. Au demeurant, c'était une habile personne et elle ne disait du mal de quelqu'un que lorsque c'était indispensable pour n'avoir pas l'air stupide."
Françoise Sagan, La Chamade, Paris, Juillard, 1965, p. 19-20

mercredi 21 janvier 2009

Le portrait-nu


Richard Avedon
Contessa Christina Paolozzi, Hair by Kenneth, New York.
June 1961
Gelatin silver print - 15.7 x 10.6 cm
© 2009 The Richard Avedon Foundation


- Et si je vous photographiais ?
- Mais oui, pourquoi pas ?
- Je prépare les appareils et l’éclairage.
- Je vais me préparer moi-même dans la chambre à côté.
Décidément, oui, j’aimais ce visage si simple, composé de quelques méplats, ce regard ardent dont le mystère entièrement extraverti s’épuisait dans une attente de ce qui peut arriver –événements, choses, gens. Je déroulai le fond de papier blanc qui supprime toute espèce de « décor » et isole le sujet comme dans un champ de neige. Je branchai les deux spots de mille watts. Je choisis l’objectif Elmarit de 90 mm, incomparable pour les portraits.
- Vous êtes prêt ?
- Parfaitement.
Elle s’avança bravement sur la plage éblouissante de lumière qui s’offrait à ses pieds. Y avait-il eu malentendu ? Elle était nue comme Ève au Paradis. En disant « photo », j’avais pensé « portrait ». Elle avait compris « nu ». »

Michel Tournier, "Le portrait-nu" dans petites proses, Paris, Gallimard, 1986, p. 148

lundi 19 janvier 2009

Un instant II

Piet Mondrian
"J'étais couché dans mon lit d'infirmerie; je regardais, à travers la vitre, le mur gris de la cour voisine, et des voix rauques d'enfants montaient. Je me disais que la vie serait éternellement ce mur gris, ces voix rauques, et ce malaise d'un trouble caché. Je me disait que rien n'en valait la peine, et qu'il serait aisé de ne plus vouloir vivre. Et lentement, comme une sorte de réponse que je me faisais à moi même, une musique montait en moi. C'était d'abord une musique funébre, mais elle cessait bientôt de pouvoir être appelée ainsi, car la mort n'a plus de sens où la vie n'atteint pas, et cette musique planait beaucoup au-dessus d'elles. C'était une musique paisible, paisible parce qu'elle était puissante. Elle emplissait l'infirmerie, elle me roulait sous elle comme dans le bercement d'une lente houle régulière, voluptueuse, à laquelle je ne résistais pas, et pendant un instant je me sentais calmé."


Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat, Paris, Gallimard, 1971, p. 48

vendredi 16 janvier 2009

Un instant

....................................................................

corredores sin fin de la memoria,
puertas abiertas a un salón vacío
donde se pudren todos los veranos,
las joyas de la sed arden al fondo,
rostro desvanecido al recordarlo,
mano que se deshace si la toco,
cabelleras de arañas en tumulto
sobre sonrisas de hace muchos años,

.....................................................................

busco sin encontrar, escribo a solas,
no hay nadie, cae el día, cae el año,
caigo en el instante, caigo al fondo,
invisible camino sobre espejos
que repiten mi imagen destrozada,
piso días, instantes caminados,
piso los pensamientos de mi sombra,
piso mi sombra en busca de un instante,"

...........................................................................

Octavio Paz, Piedra de Sol


Jakob Bill
Composition Nº 2 (1966)
Huile sur toile - 50,5 x 50,5 cm


................................................................

couloirs sans fin de la mémoire
portes ouvertes vers un salon vide
où pourrissent tous les étés,
les bijoux de la soif brillent tout au fond,
visage évanoui dès que je me le remémore,
main qui s'effrite si je la touche,
cheveux d'araignées en tumulte
sur des sourires d'il ya tant d'années,

...................................................................

je cherche sans trouver, j'écris en tête à tête
il n'y a personne, tombe le jour, tombe l'année,
je tombe dans l'instant, je tombe au fond,
invisible chemin sur des miroirs
qui répètent mon image brisée,
je marche depuis des jours, instants cheminés,
je marche sur les pensées de mon ombre,
je marche sur mon ombre en quête d'un instant,

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jeudi 15 janvier 2009

Vladimir K.

Rupprecht Geiger
Design RP III. Um 1970.
Carpet. New wool, handstitched. - 318 : 165 cm


"Donner ce qu'on n'a pas, toujours la même vieille tentation.
(...) Et l'on désire au-dessus de ses forces, au mépris de son savoir."
Gilles Leroy, L'amant russe, Paris, Mercure de France, 2002

mardi 13 janvier 2009

Ce thé


David Hockney
Oil on canvas, 24 x 36 in.

"Odette fit à Swann "son" thé, lui demanda: "Citron ou crème?" et comme il répondit "crème", lui dit en riant: "Un nuage!" Et comme il le trouvait bon: "Vous voyez que je sais ce que vous aimez." Ce thé, en effet, avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même, et l'amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n'en seraient pas et finissent avec lui, que quand il l'avait quitté à sept heures pour rentrer chez lui s'habiller, pendant tout le trajet qu'il fit dans son coupé, ne pouvant contenir la joie que cet après-midi lui avait causée, il se répétait: "Ce serait bien agréable d'avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé.""
Marcel Proust, Un amour de Swann, Paris, Gallimard, 1954, p. 52 

lundi 12 janvier 2009

Vladimir

Youri Jeltov
Folk III (2006)
Acrylique - 61 x 46 cm

"Je me suis vu dans la liberté terrible de quelqu'un qu'on n'a pas retenu".
Gilles Leroy, L'amant russe, Paris, Mercure de France, 2002, p. 115

vendredi 9 janvier 2009

Les pas

Ian Hundley
Oberg White (2006)
Cotton, wool, silk & linen - 70 x 70 inches

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
À l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.

Paul Valéry

jeudi 8 janvier 2009

Espérance


Francesco Clemente
Virgine (1995)
Pastel sur papier - 101.6 x 71.1 cm

"J'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin sur un monde où les battements d'ailes de l'espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n'avais vu encore que des yeux se fermer. Je sais que ce départ, pour Nadja, d'un point où il est déjà si rare, si téméraire de vouloir arriver, s'effectuait au mépris de tout de qu'il est convenu d'invoquer au moment où l'on se perd, très loin volontairement du dernier radeau, aux dépens de tout ce qui fait les fausses, mais les presque irrésistibles compensations de la vie."
André Breton, Nadja, Paris, Gallimard, 1964, p. 130-132

mercredi 7 janvier 2009

Le rêve



Marie Laurencin
Portrait de Mademoiselle Chanel (1923)
Huile sur toile - 92 x 73 cm

".............Parce que tu me parles. Voilà cinq ans que je vis de toi, que tu es mon seul air respirable, que je passe mon temps à t'attendre, à te croire mort si tu es en retard, à mourir de te croire mort, à revivre quand tu entres et quand tu es là enfin, à mourir de peur que tu partes. Maintenant, j'ai de l'air parce que tu me parles. Mon rêve n'est pas si bête."
Jean Cocteau, La voix humaine, Paris, Stock, 1997, p. 48

samedi 3 janvier 2009

Volodia



Richard Avedon
Rudolf Nureyef, Paris 25 juillet 1961


"Dans le ciel marine, étoilé d'edelweiss, les chiffons s'envolent et se tordent, s'enrubannent une seconde, formant des fleurs, des corps, des continents, puis se déploient, s'étirent et prennent leur essor très haut, si haut qu'ils s'évanouissent, poussière dans les airs. [...]
Il y a une larme, lourde comme le cœur gros, au coin de son œil droit. Elle ne veut pas couler, pas s'épandre sur la joue, mais éblouir, briller longtemps sous le faisceau soyeux des longs cils noirs. Je répète son nom. Volodia. Il ne répond pas. Le visage est dur, le pli amer fait tomber la bouche."
Gilles Leroy, L'amant russe, Paris, Mercure de France, 2002, p. 75

vendredi 2 janvier 2009

Nathanaël

Pieter Bruegel l'Ancien 
La chute d'Icare (1558)
Huile sur bois - 74 x 112 cm

"La pluie commençait, mêlée de flasques flocons. Nathanaël se dirigea vers le bassin du port où amarraient les navires venus d'outre-mer. Leurs mâts ressemblaient de loin à des arbres dépouillés par l'hiver s'agitant au vent. Ça et là, une lanterne brillait, sans quoi on n'eût pas cru que des hommes vivaient dans ces coques noires. Il lui semblait maintenant que le plus beau temps de sa vie avait été ces traversées, ces nonchalantes escales dans des ports au climat languide, ou encore ces deux ans de dure vie et de naïf amour dans l'île que ses habitants appelaient l'Île Perdue."
Marguerite Yourcenar, Un homme obscur, Paris, Gallimard, 1982, p.83

jeudi 1 janvier 2009

Bienvenu 2009!!

Un livre à lire... 

Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse

Une ville à découvrir... 


Budapest 
Un vœu...

Image de Catherine Durandar

Bienvenu 2009

mercredi 31 décembre 2008

Bonne Année!!

Voilà tous mes meilleurs vœux - He aquí todos mis mejores deseos. 
St Loup



(Photographie d'une action de Juliana Iriart - Oficina Proyectista - Décembre 2008)

To a Happier Year

"Dedicated to a Happier Year"
E.M. Forster, Maurice

James Wilby et Hugh Grant
James Ivory, Maurice (1987) 

Philippe et ses "sunglasses at night"

VOLT 2008 TIGA - Sunglasses at night- www.sopron.info.hu

Philippe wears his sunglasses at night...

mardi 30 décembre 2008

ER Merry Christmas, I'm Pregnant!

L'interview

"Ni le savoir, ni aucune forme de culture ne constituent des "sociétés secrètes". Les livres sont là, les documents sont là, les musées sont là, les êtres sont là. Ils sont entièrement accessibles à qui prend la peine de lire ou de voir avec attention. 
Gardons-nous d'appeler "sécrète" toute forme de savoir ou de culture à laquelle par paresse ou par inertie nous refusons de participer. 
"Tout cela, c'est du chinois pour moi", disait je ne sais quelle dame en regardant certains dessins de Picasso. "Madame, répond doucement l'artiste, on apprend le chinois.""
Marguerite Yourcenar. 
Extrait de Marguerite Yourcenar en questions, Bulletin Nº 16, Bruxelles, Centre international de Documentation Marguerite Yourcenar (Cidmy), 2008, p. 12

Pablo Picasso - Garçon à la pipe (1905) 
Huile - 99.7 x 81.3 cm

["Ni el saber, ni ninguna forma de cultura constituyen "sociedades secretas". Los libros están ahí, los documentos están ahí, los museos están ahí, los seres están ahí. Todos son totalmente accesibles para quien se tome el trabajo de leer o de ver con atención.
Cuidémonos de llamar "secreta" a toda forma de saber o de cultura de la cual por pereza o por inercia nos negamos a participar. 
"Todo esto es chino para mí", decía no sé qué señora mientras miraba ciertos dibujos de Picasso. "Señora, le respondió suavemente el artista, el chino se aprende.""] 

vendredi 26 décembre 2008

Une Néréide

"De même qu'il n'y a pas d'amour sans éblouissement du cœur, il n'y a guère de volupté sans émerveillement de la beauté. Le reste n'est tout au plus que fonctionnement machinal, comme la soif et la faim."
Marguerite Yourcenar, "L'homme qui a aimé les Néréides" dans Nouvelles Orientales, Paris, Gallimard, 1963, p. 86

Tarsila do Amaral - A lua (1928) 

"Del mismo modo que no existe amor sin arrebato del corazón, apenas existe auténtica voluptuosidad sin la fascinación de la belleza. El resto no es más que funcionamiento maquinal, como la sed o el hambre."
Marguerite Yourcenar, "El hombre que amó a las Nereidas" en Cuentos Orientales, Buenos Aires, Alfaguara, 2005, p. 74 - Traducción de Emma Calatayud

mercredi 24 décembre 2008

Mes meilleurs vœux

"Il ne sera jamais trop tard pour tenter de bien faire, tant qu'il y aura sur terre un arbre, une bête ou un homme."
Marguerite Yourcenar, Les Yeux ouverts 


J.M.Dothas - P1 (2007) Huile sur toile - 18 x 13 cm

["Nunca será demasiado tarde para intentar hacer el bien, mientras haya sobre la tierra un árbol, un animal o un hombre.]

Maupassant - II

"Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre entendant battre leurs cœurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées."
Guy de Maupassant, Une vie, Paris, Albin Michel, 1983, p. 26




["Ellos irían, mano en mano, apretados el uno contra el otro escuchando el latido de sus corazones, sintiendo el calor de sus hombros, invadiendo con su amor la simplicidad de las noches de verano, tan unidos que alcanzarían con facilidad, gracias al único impulso de su ternura, hasta sus más secretos pensamientos."]

vendredi 19 décembre 2008

Un autre Maupassant



"Couleurs de Normandie. Par la lecture des oeuvres de Maupassant qui se déroulent en Normandie, on peut admirer le paysage composé de rectangles de couleurs variées, d'abord l'or jaune des fleurs de colza, puis le vert des avoines et des blés, et enfin, la nuance plus vive des betteraves sucrières. On contemple aussi les longues routes qui s'allongent jusqu'à l'horizon entre deux lignes de grands arbres, hêtres ou peupliers."

Sandrine de Montmort, Un autre Maupassant, Paris, Scali, 2007, p. 96

Coutances

["Colores de Normandía. Gracias a la lectura de las obras de Maupassant que se desarrollan en Normandía, puede admirarse el paisaje compuesto de rectángulos de colores variados, ante todo el amarillo oro de los campos de colza, seguido del verde de la avena y del trigo, hasta alcanzar la tonalidad más viva de las remolachas azucareras. Se aprecian también los largos caminos que se extienden hasta el horizonte entre dos líneas de grandes árboles, hayas o álamos." ]

mercredi 17 décembre 2008

M.Y.

Marguerite Yourcenar
(8 juin 1903 - 17 décembre 1987)


"Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin." [Siempre es necesario un toque de locura para construir un destino.]
Marguerite Yourcenar, Les Yeux ouverts : Entretiens avec Matthieu Galey

Richard

"Like the morning you walked out of that old house, when you were eighteen and I was, well, I had just turned nineteen, hadn't I? I was a nineteen-year-old and I was in love with Louis and I was in love with you, and I thought I had never seen anything so beautiful as the sight of you walking out a glass door in the early morning, still sleepy, in your underwear."
Michael Cunningham, The Hours, London, Harper Perennial, 2006, p. 199

Julianne Moore et Jack Ravello - The Hours


[Comme ce matin où tu es sortie de cette vieille maison; tu avais dix-huit ans et je venais d'avoir dix-neuf, tu t'en souviens? J'avais dix-neuf ans et j'étais amoureux de Louis et j'étais amoureux de toi, et j'ai pensé que je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi beau que ton image en traversant une porte vitrée très tôt le matin, encore endormie, en sous-vêtements.]


Ignacio Meroni par lui-même, à Montevideo, Uruguay

[Como la mañana en que saliste de esa vieja casa, cuando tenías dieciocho años y yo acababa de cumplir diecinueve. Tenía diecinueve años y estaba enamorado de Louis, y estaba enamorado de vos, y pensé que nunca había visto algo tan bello como tu imagen, atravesando una puerta de vidrio muy temprano en la mañana, todavía algo dormida, en ropa interior.]

jeudi 11 décembre 2008

Clarissa


"Ces longues séquences de pensées muettes -ou, ce qui revient au même, de discours intérieurs- ne constituent pas seulement des retours en arrière qui, paradoxalement, font progresser le temps raconté en le retardant; elles creusent du dedans l'instant de l'événement de pensée, elles amplifient de l'intérieur les moments du temps raconté, de telle sorte que l'intervalle total du récit, malgré sa relative brièveté, paraît riche d'une immensité impliquée. [...] L'art de la fiction consiste ainsi à tisser ensemble le monde de l'action et celui de l'introspection, à entremêler le sens de la quotidienneté et celui de l'intériorité."
RICOEUR, Paul, "Entre le temps mortel et le temps monumental: Mrs. Dalloway" dans Temps et Récit, T II, La configuration dans le récit de fiction, Paris, Seuil, 1984, p.195-196


["Esas largas secuencias de pensamientos silenciosos -o, lo que es lo mismo, de discurso interior- no constituyen simples retrocesos que, de manera paradójica, hacen progresar el tiempo narrado al retrasarlo; ellas ahondan desde adentro el instante del aconticimiento pensado, amplifican desde el interior los momentos del tiempo narrado, de tal manera que el intervalo total del relato, pese a su relativa brevedad, se muestra enriquecido por una inmensidad implicada. [...] El arte de la ficción consiste de este modo en entretejer el mundo de la acción y el de la introspección, en entremezclar el sentido de la cotidianidad y el de la interioridad."
RICOEUR, Paul, "Entre el tiempo mortal y el tiempo monumental: Mrs. Dalloway" en Tiempo y Narración, Tomo II, Configuración del tiempo en el relato de ficción]

jeudi 4 décembre 2008

De retour

Un mois sans rien dire. Un petit voyage au pays de nulle part plongé dans la solitude. Un chapitre de quarante pages. Un tableau pour une exposition. Un séminaire sur la Rhétorique Grecque Ancienne. Virginia Woolf. The hours. Mon anniversaire…
Je suis heureux d’être de retour.
Merci de vos messages.



Dino Bruzzone
Pont Neuf, 1997
135 x 100 cm C-Print

www.dinobruzzone.com

Un mes en silencio. Un corto viaje al país de la nada inmerso en la soledad. Un capítulo de cuarenta páginas. Un cuadro para una exposición. Un seminario sobre Retórica Griega Antigua. Virginia Woolf. Las Horas. Mi cumpleaños...
Estoy felíz de haber vuelto.
Gracias por los mensajes.

jeudi 6 novembre 2008

Le sourire de Bouddha

"Meilleur que mille mots privés de sens est un seul mot raisonnable, qui peut amener le calme chez celui qui l'écoute."
Bouddha



Pensive bodhisattva, Three Kingdoms period, Early 7th century, National Treasure n°83 © National Museum of Korea, Seoul

"Mejor que mil palabras carentes de sentido es una sola, razonable, que pueda llevar calma a aquel que la escucha."

Buda

mercredi 5 novembre 2008

J.M.G. Le Clézio - Frida Khalo - Ohlebeaujour

Et voilà. J'ai trouvé ce premier contact avec Laurent. / Lo encontré. Aquí está ese primer contacto con Laurent:


P.S.: Et la citation a été prise du livre de Le Clézio. / Y la cita sí fue tomada del libro de Le Clézio.

mardi 4 novembre 2008

J.M.G. Le Clézio - II

Mon histoire n'est pas aussi charmante que celle de Petit Bonbon ou celle de Laurent Delpit. Cependant M. Le Clézio a également changé ma vie en la rendant plus agréable. D'abord parce que sa biographie de Frida Khalo et Diego Rivera est inoubliable. Et puis parce que grâce à lui j'ai trouvé le chemin qui m'a mené vers vous.
En 2007 j'ai voulu placer sur mon fotolog (www.fotolog.com/saintloup) une photo de Frida Khalo accompagnée d'un petit morceau de sa biographie par Le Clézio. En cherchant une image de Frida je suis tombé sur un blog qui a changé ma vie: Ohlebeaujour.
Cette découverte m'a donné l'envie folle de développer mon blog, quelque chose qui n'aurait été pas du tout possible sans l'aide de mon grand ami, mon cher Laurent. Voilà l'article:
http://ohlebeaujour.blogspot.com/2007/06/les-deux-fridas-1939-173cm-x-173cm.html
Je ne me rappelle plus pourquoi mais j'ai finalement choisi un extrait du Journal de Frida au lieu d'un fragment de Le Clézio.
Aujourd'hui j'aime à penser que M. Le Clézio serait ravi d'apprendre que nos modestes blogs sont hantés par ses mots.
Mi historia no es tan importante como la de Petit Bonbon o la de Laurent Delpit. De todos modos, el Sr. Le Clézio también cambió mi vida volviéndola más agradable. Ante todo porque su biografía de Frida Khalo y Diego Rivera es algo inolvidable. Y además, porque gracias a él encontré el camino que me trajo hasta Uds.
En 2007 quise subir a mi fotolog (www.fotolog.com/saintloup) una fotografía de Frida Khalo acompañada de un fragmento de su biografía por Le Clézio. Mientras buscaba la imagen me topé con un blog que instantáneamente cambió mi vida: Ohlebeau jour.
Ese descubrimiento despertó unas ganas locas de desarrollar mi propio blog, algo que no hubiera sido posible sin la ayuda de mi querido y gran amigo Laurent. He aquí su artículo:
http://ohlebeaujour.blogspot.com/2007/06/les-deux-fridas-1939-173cm-x-173cm.html
Para poner fin a la historia, no me acuerdo bien por qué pero elegí un extracto del Diario de Frida en vez de un fragmento de Le Clézio.
Hoy me regocijo al pensar que el Sr. Le Clézio estaría encantado de saber que en nuestros modestos blogs moran sus palabras.

dimanche 26 octobre 2008

OLIVERIO GIRONDO

NIHILISMO

NADA de nada;
es todo. 
Así te quiero, nada.
¡Del todo!
Para nada. 

Girondo, O., Embelecos

Oliverio Girondo
(Buenos Aires 1891-1967)


NIHILISME

RIEN de rien;
c'est tout. 
C'est comme cela que je t'aime, rien.
Complètement!
Pour rien. 

mardi 21 octobre 2008

Chanson des escargots qui vont à l'enterrement



A l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s'en vont dans le soir
Un très beau soir d'automne
Hélas quand ils arrivent
C'est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes réssucitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voila le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L'autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C'est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l'oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C'est triste et pas joli
Reprenez vous couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent a chanter
A chanter a tue-tête
La vrai chanson vivante
La chanson de l'été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C'est un très joli soir
Un joli soir d'été
Et les deux escargots
S'en retournent chez eux
Ils s'en vont très émus
Ils s'en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais la haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Jacques Prévert



Al entierro de una hoja seca
se van dos caracoles
tienen la concha oscura
crespón llevan de moño
bajo los arreboles
se fueron sin premura
una tarde de otoño
Cuando llegaron era
ay ya la primavera
todas las hojas secas
habían resucitado
y cada caracol
se sintió muy frustrado
mas aparece el sol
el sol que apenas nace
les habla y así empieza
sentaos aquí si os place
un vaso de cerveza
tomárselo en un tris
mas si lo preferís
tomad quizá os aguarde
el bus para París
partirá por la tarde
veréis a vuestro antojo
la campiña feliz
sin luto así me alegro
lo digo sin sonrojo
porque el luto de negro
pone el blanco del ojo
y lo vuelve a uno feo
esos cuentos de féretros
oírlos no deseo
por ser de triste género
revestid por favor
de la vida el color
luego animal y bestia
los árboles las plantas
entonaron con brío
perdiendo la modestia
forzando las gargantas
la canción del estío
como el calor les arde
brinda todo el gentío
es una linda tarde
linda tarde de estío
y los dos caracoles
se van a casa en fila
se van sin desencanto
dichosos los alcoholes
como bebieron tanto
vacilan un poquito
desde el cielo infinito
la luna los vigila.

Versión de Enrique Uribe White

lundi 20 octobre 2008

Le Désir de peindre / El Deseo de pintar

Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris





J.M. Dothas (2007)
Huile sur toile - 18 x 13 cm


¡Desdichado tal vez el hombre, pero dichoso el artista que el deseo desgarra!
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris

dimanche 19 octobre 2008

LOVE

"Love is an irresistible desire to be irresistibly desired." 

"Aimer c'est un désir irrésistible d'être irrésistiblement désiré."

"Amar es un irresistible deseo de ser irresistiblemente deseado."

Robert Frost


Robert Indiana
Black and white LOVE
Tapestry - 182.9 x 182.9 cm 

jeudi 16 octobre 2008

L'enfance

« L’enfance, je crois que personne ne la quitte vraiment. On peut la rejeter, bien sûr, mais c’est la meilleure preuve qu’on y tient. C’est comme une forêt vierge, l’enfance. Souvent, quant on la vit, on la subit. Mais on se construit, en même temps, une série de chambres obscures qu’on n’arrive jamais, plus tard, a explorer jusqu’au bout… Tout ce que l’on a perdu et ce qu’on a gardé. Ce que l’on n’a jamais cédé et ce que l’on a cédé, même pour ne rien obtenir… C’est dérisoire, mais il n’y a que ça de vrai. Rien que pour ça, le jeu en vaut la chandelle. »


Fanny Ardant, dans Delerm, Philippe, Les amoureux de l’Hôtel de Ville, Paris, Éditions du Rochet, 1993 ; 2001, préface.


Chez Max

Montserrat - Buenos Aires

le 13 Septembre 2008

« La infancia, creo que nadie realmente la deja. Podemos rechazarla, ciertamente, pero esa es la mejor prueba de su presencia. Es como una selva virgen la infancia. A menudo, cuando la vivimos, la padecemos. Pero nos construimos, al mismo tiempo, una serie de cuartos oscuros que nuca conseguimos, más tarde, explorar a fondo… Todo eso que hemos perdido y lo que hemos ganado. Aquello que nunca cedimos y lo que hemos cedido, incluso, a cambio de nada… Es irrisorio, pero no hay más que esto de cierto. Y nada más que por eso, vale la pena el esfuerzo. »

mercredi 15 octobre 2008

Guillaume Depardieu




"Les portes de la vie et de la mort sont opaques, et elles sont vite et bien refermées."

Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux





"Las puertas de la vida y de la muerte son opacas; rápidamente son bien cerradas."



dimanche 12 octobre 2008

Shugo Tokumaru


"Avec la liberté de celui que la culture n'a pas entièrement englouti, le vagabond de la musique ramsse le morceau de verre qu'il trouve sur la route et le tend vers le soleil pour en faire jaillir mille couleurs." 
Theodor Wiesengrund Adorno



"Con la libertad de aquél a quien la cultura no ha completamente englutido, el vagabundo de la música recoge el pedazo de vidrio que encuentra en su camino y lo tiende hacia el sol para hacer brotar de él mil colores". 
Theodor Wiesengrund Adorno

JMG Le Clézio - Bravo!

"Les livres que j'aime, ce sont ceux qui me donnent l'impression qu'ils possèdent quelque chose d'un peu magique. Pas seulement les mots, pas seulement l'histoire du livre, mais aussi tout ce qui est entre lignes, ce qu'on devine et qui fait que, pour celui qui écrit, c'est une aventure totale."
JMG Le Clézio,  Ailleurs
 
"Los libros que me gustan son los que me dan la impresión de poseer algo mágico. No solamente sus palabras, ni tampoco la historia del libro, sino todo eso que está entre líneas, eso que uno adivina y que hace que, para aquel que escribe, sea una aventura total." 
JMG Le Clézio, Ailleurs

mardi 30 septembre 2008

Dialogue

-Notre vie est formidable. L'amour nous manque mais on le cherche d'une manière très sincère... Tu ne devrais pas écrire tout ça...

-Pourquoi?

-Parce qu'on espère que ça changera vite!


Centre Pompidou

-Nuestra vida es fantástica. Nos falta el amor pero lo buscamos sinceramente... No tendrías que escribir esto...

-¿Por qué?

-¡Porque esperamos que se revierta pronto!

lundi 29 septembre 2008

Some velvet mornings

"La passion reste en suspens dans le monde,
prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle."
Marguerite Duras



"La pasión permanece en suspenso en el mundo,
lista para atravesar a aquellos que quieran dejarse atravesar por ella."
Marguerite Duras

Primal Scream - Some Velvet Morning (Feat. Kate Moss)

lundi 15 septembre 2008